CULTURE
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CASQUE D’OR ALIAS AMÉLIE ELIE (14 MARS 1878 – 16 AVRIL 1933)

Casque d’Or alias Amélie Elie (14 mars 1878 – 16 avril 1933)

Née à Orléans elle débarque à Paris une nuit de décembre 1891 et s’installe avec sa famille rue Popincourt. Peu de temps après, sa mère décède. Ne reste que le père, qui travaille dur toute la journée. Amélie ne va pas à l’école, elle passe ses journées dehors pour finir par atterrir sur les fortifications, « haut lieu de plaisir et de prostitution » et où fêtes foraines et saltimbanques pullulent.

Les souvenirs d’Amélie, relatés dans ses mémoires [1] nous apprennent qu’à 13 ans et deux mois, elle se met en ménage avec Le Matelot, jeune serrurier et accessoirement voleur. C’est avec lui qu’elle perd ce qu’elle appelle « le petit capital d’une femme ». Pendant ce temps, son père la cherche partout. Amélie, elle, affute ses pincettes dans les bals populaires. Elle a la danse dans le sang.

C’est vers 14 ans qu’Amélie découvre l’univers de la prostitution avec La Belle Hélène de la Courtille qui l’héberge dans sa chambre miteuse de la rue Dénoyez pendant qu’elle turbine au coin du boulevard de Belleville. Amantes, les deux jeunes femmes sont inséparables, on les voit partout, chaque soir, dans les bas-fonds [2] parisiens. Alcool, danse et jalousie, voilà le lot commun de leurs nuits folâtres. Amélie se souvient : « Elle ne me quittait pas d’une semelle, me faisait des scènes terribles si j’avais le malheur de lorgner quelque sous-off ou quelque cocher […]. Vingt fois elle s’est battue avec des hommes qui me désiraient. » Pourtant, cela n’empêchera pas Amélie de chavirer à la vue de Bouchon, « le plus grand bandit de Charonne », à la Pomme au Lard, rue de la Roquette. Tant que la Belle Hélène est dans les parages, Bouchon ne peut rien oser auprès d’Amélie. Il patiente le lendemain pour l’aborder et lui déclarer sa flamme. Ni une, ni deux, Amélie quitte La Belle Hélène …

Amélie Elie alias Casque d'Or

Amoureuse et heureuse, elle s’installe avec Bouchon, rue Volga, non loin de la Porte de Montreuil. Souteneur, il la colle au turbin sur le boulevard de Charonne. Cinquante sous (2frs50) la passe de dix minutes. A tout moment, elle risque une rafle où elle sera « encartée », elle deviendra une « soumise » : déclarée et autorisée à se prostituer par la Préfecture de Police. Bouchon lui mène la vie dure allant jusqu’à lui planter par deux fois des ciseaux dans l’aine.

S’en est trop, Amélie se fait la belle, errant dans les rues pendant quatre jours. Sur un banc à Bastille ou dans un bal avenue Parmentier (c’est selon le bon vouloir de ses souvenirs), un jeune homme se présente : « Je suis de la Courtille, je m’appelle Manda. »

La Fiche  Manda

On l’appelle aussi l’Homme, il est le caïd de la bande des Orteaux. Pour l’état civil c’est Joseph Pleigneur. Lui aussi connait la rue. Lui aussi colle Amélie sur le ruban, le trottoir. Pourtant il n’a rien à voir avec Bouchon, Manda est gentil, il ne bat pas Amélie. Par contre il est affreusement jaloux. Lorsqu’il trouve Amélie au lit avec une certaine Thérèse, sans rien dire il se saisit d’une corde et attache Thérèse au pied du lit puis il va se coucher en demandant à la fille de « cesser ses jérémiades et de le laisser dormir ».

Après la rue, Amélie entre en maison avec l’accord de Manda. En son absence il la trompe. Amélie aussi est jalouse alors elle lui pose des questions et pour toute réponse elle n’obtient qu’un sourire narquois.

Là aussi s’en est trop et là aussi Amélie se fait la belle. De retour sur le boulevard de Charonne, elle imagine Manda à sa recherche. En vain. Arrive alors la rencontre avec un autre homme. Il s’appelle François Dominique Leca, il est Corse, c’est le caïd de la bande de la Popinc’, il est bousillé (tatoué) sur tout le corps et il est furieux : sa régulière, Louise s’est fait la malle avec … Manda ! Beau parleur, il envoute Amélie : « Il a une voix chaude et pressante qui vous embrouille la tête et vous secoue l’âme […] » Au bout de quelques jours, Manda se décide enfin à chercher Amélie, il sait qu’elle est avec Leca, qui a désormais un contrat sur la caboche.

La Fiche Leca

Le décor est planté et l’affaire Casque d’Or et les apaches peut débuter …

Le 30 décembre 1901, Amélie et Leca descendent la rue Popincourt en direction du boulevard Voltaire. Il est 22h. Arrivés au niveau de la rue du Chemin Vert, ils sont attaqués par deux individus. Leca écope d’un coup de couteau à la tête. Il sort son flingue et tire, forçant les deux hommes à s’enfuir. Ils sont arrêtés : l’un d’eux n’est autre que Manda. Personne ne balance et personne n’avoue. Manda est relâché.

Le 5 janvier 1902 à la sortie du bal d’Avron, s’affronte deux bandes d’Apaches. Se sont-ils croisés ou se sont-ils donné rendez-vous ? Quoi qu’il en soit, tout l’attirail est de sortie : flingues, couteaux et haches ! Manda hurle : « Tous sur Leca » … Deux balles l’atteignent, une à la cuisse, l’autre au bras. La bande de Leca se défend, les balles fusent touchant l’assaillant de Leca. Fin de l’affrontement. On ne s’achève pas entre Apaches. Leca est admis à l’hôpital Tenon. Le lendemain, l’affaire fait la une des journaux.

Le 9 janvier 1902, la police vient interroger Leca. Il dit ne pas connaître ses agresseurs ni ce qu’ils lui veulent. « Je suis totalement étranger à la bagarre […] dont vous parlez. » A 15h, il sort de l’hôpital et monte dans une voiture avec Amélie et des membres de la bande. Rue de Bagnolet, le fiacre se fait attaquer : Leca est poignardé en pleine poitrine par Manda. IL est bon pour retourner à l’hôpital Tenon.

Le 16 janvier 1902, depuis son lit d’hôpital, Leca balance Manda et explique toute l’histoire.

Le 2 février 1902, Manda est arrêté dans un garni à Alfortville.

En mars 1902 débutent alors les heures de gloire d’Amélie. Les journaux du Tout-Paris se déchaînent afin d’obtenir des interviews et des révélations. On écrit des pièces de théâtre et de chansons sur l’affaire. Amélie devient une vedette et gagne beaucoup d’argent. Elle est engagée pour jouer son propre rôle dans une pièce des Bouffes du Nord : « Casque d’Or ou la bande des Apaches ». A sa sortie de l’hôpital, Leca, lui, passe pour une victime et reste auprès d’Amélie.

En avril 1902, Leca et sa bande refont parler d’eux suite à la « correction » d’une ancienne maîtresse de l’un de ses membres. S’ensuivront de nombreux affrontements et fusillades entre les Orteaux et les Popinc’. Leca est recherché, en vain. Il a fui en Belgique où il sera arrêté. Le 22 avril 1902, il est inculpé de « menaces par gestes, coups et blessures, vagabondage qualifié et port d’armes prohibées » et renvoyé à Paris.

Le procès de Leca aura lieu en octobre 1902, il est condamné à la relégation (l’internement perpétuel sur le territoire des colonies ou possessions françaises) et à 8 ans de travaux forcés.

5 mois auparavant, Manda lui avait été condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Tous deux partent pour au bagne en Guyane mais afin d’éviter toute confrontation, ils seront à des endroits différents : Leca (matricule 32663) sera sur l’île du Diable et Manda (matricule 32776) sera sur l’île Royale. Au bagne, Manda semble avoir changé, il excelle en tant qu’infirmier. Leca, quant à lui est et sera toujours un Apache enchaînant les infractions.

Le 11 février 1916, Leca s’évade du bagne, on ne le reverra jamais … sa disparition encore aujourd’hui reste bien mystérieuse.

Le 2 octobre 1919, Manda obtient une remise de peine. Infirmier au bagne pendant 17 ans, il est à présent libre … il ne lui reste plus qu’à s’installer à St Laurent du Maroni pour devenir un libéré inactif et sans emploi. Parfois il trouve des petits boulots de maçonnerie, souvent il erre dans les rues, volant sa nourriture. Cela lui vaudra 6 mois de prison et 50 frs d’amende. En 1934, Manda peut rentrer en France mais il ne réussit pas à trouver l’argent nécessaire pour le voyage. Très affaibli, il est admis à l’hôpital colonial le 9 décembre 1935. Il y meurt le 20 février 1936 de « misère physiologique » qui n’est autre qu’un « état d’amaigrissement extrême par dénutrition générale. »

Amélie Elie devient Amélie Nardin en se mariant le 27 janvier 1917. Elle n’abandonnera le milieu de la prostitution qu’en 1929 afin de prendre soin de son mari. Elle est à présent vendeuse de bonneterie sur les marchés. Une crise d’asthme la terrasse à l’âge de 55 ans, le 16 avril 1933, dans son pavillon de Bagnolet.

Une histoire digne d’un film qui sera d’ailleurs réalisé 50 ans après les faits par Jacques Becker : « Casque d’Or » avec Simone Signoret dans le rôle d’Amélie, Serge Reggiani dans le rôle de Manda et Claude Dauphin dans le rôle de Leca.

Une histoire passionnante et envoutante qui n’aura fait aucun mort …

Casque d'Or - Une histoire vraie

Afin d’aller plus loin dans l’étude de cette affaire et de Paris à la Belle Epoque, je vous conseille l’excellent livre d’Alexandre Dupouy : « Casque d’Or – Une histoire vraie ». Une véritable bible qui m’a largement inspiré.

Sylvanie de Lutèce

[1] : Chroniques du Paris Apache (1902-1905) – Casque d’Or

[2] : Les Bas-Fonds – Chronique d’un imaginaire de Dominique Kalifa – Seuil

2 Comments

  1. Françoise et Bertil Bassié says

    Bravo très bien, nous aimons le compte rendu de cette vie tumultueuse
    pauvre casque d’or, vie de misère.

  2. Christiane says

    Une histoire très touchante et pleine de tristesse. j’aimerais pas être à sa place. C’est vraiment une histoire qui devrait être tourner , à mon avis!!

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