CULTURE, PORTRAITS
Leave a comment

CATHERINE DE MÉDICIS (13 avril 1519 – 5 janvier 1589)

Même si vous ne connaissez pas par cœur l’Histoire de France, l’évocation de ce nom suffit à vous faire grimacer et à vous glacer d’effroi. C’est comme ça, ça fait partie de l’inconscient collectif. Déjà en 1904, un manuel scolaire (« L’histoire de France » de Gauthier et Deschamps), proposait le sujet de rédaction suivant : Pourquoi je hais Catherine de Médicis ?

De nos jours, il suffit de se rendre au Musée Grévin pour la voir en haut d’une volée de marches, un chandelier dans la main et observant avec un visage froid et hautain un tas de cadavres ensanglantés au pied des marches : Elle est l’Empoisonneuse, l’Italienne, la Reine Noire responsable du Massacre de la Saint Barthélémy, lorsque les catholiques ont massacré les protestants en août 1572. Et quand un petit garçon, devant cette reconstitution en cire, demande à sa mère pourquoi ces gens sont morts, elle lui répond : « Parce que Dame Catherine l’a voulu ainsi. ». Déjà profondément triste, je suis à présent effondrée. Mon regard croise celui de la mère. Je lui dis que ce qu’elle dit n’est pas vrai, ce à quoi elle me répond avec le sourire : « Oui enfin je résume. »

Catherine de Médicis à Grevin

D’autres choisissent de restreindre voir d’occulter Catherine de Médicis :

La ville de Paris a bien baptisé une rue Médicis, non loin du Jardin du Luxembourg mais il s’agit de Marie de Médicis (cousine au 7ème degré de Catherine et seconde épouse d’Henri IV) même si cela n’est pas précisé. Depuis 1843 au Jardin du Luxembourg vingt-deux statues de Reines, Saintes ou Dames illustres ornent le parc. Ces femmes ont été, « choisies pour leur rôle marquant dans l’histoire de France, leur vertu ou leur renommée … ». Devinez qui brille par son absence et par son emplacement vide …

Pourquoi et comment en sommes-nous arrivé là ? Qui est Catherine de Médicis et quelle a été sa vie ?

Née à Florence en Italie, le 13 avril 1519, la petite Catherine se retrouve rapidement entre le cercueil de ses parents : Madeleine de la Tour d’Auvergne meurt le 28 avril 1519 et Laurent II le Magnifique le 4 mai 1519. Orpheline à moins d’un mois, elle devient l’unique héritière de la fortune des Médicis. La voilà sous la protection de son oncle, le Pape Léon X puis de celle de son cousin, le Pape Clément VII. Ce dernier en guerre avec Charles Quint est vaincu, donnant aux florentins l’occasion de se rebeller. En 1529, ils prennent Catherine en otage et menacent de la violer. Elle n’a que 10 ans. Sauvée, on lui rase le crâne et on lui fait prendre l’habit de nonne.

En 1533, Clément VII conclu une alliance avec François Ier : Catherine épouse le fils cadet de ce dernier, Henri d’Orléans. Le 1er septembre 1533, Catherine quitte définitivement l’Italie pour la France. Elle a 14 ans, son mari aussi.

Catherine de Médicis - Clouet

A présent Catherine se doit de mettre au monde un héritier. Elle aime son mari qui lui, lui préfère publiquement sa jeune et belle maîtresse Diane de Poitiers. Cette dernière conseille cependant à son royal amant d’honorer régulièrement sa femme. Ce qu’il fera pendant onze ans, en vain ! Onze ans de pseudo stérilité pour Catherine qui risque la répudiation (C’est forcément de sa faute à elle !). Déjà mal vue parce qu’étrangère la voilà humiliée parce qu’elle ne donne pas d’héritier. Seulement voilà, ce couple est extraordinairement mal appareillé : Henri II souffre d’un hypospadias « une malformation du fœtus masculin, qui se manifeste par l’ouverture de l’urètre dans la face inférieure du pénis au lieu de son extrémité », quand à Catherine de Médicis, elle souffre d’une rétroversion utérine, son utérus est renversé vers l’arrière au lieu d’être basculé vers l’avant, au-dessus du vagin. Le médecin royal, Jean Fernel, conseille alors au couple de modifier ses positions sexuelles grâce à l’étude du … Kâma-Sûtra. C’est une réussite totale puisque Catherine va alors mettre au monde dix enfants dont sept vivront et cinq deviendront rois et reines : François II, Charles IX, Henri III, La Reine Margot et Elisabeth de France.

L’année de ses 30 ans, le 10 juin 1549, Catherine est enfin sacrée Reine de France à la basilique St Denis. Elle doit cependant souffrir (en silence) la présence de Diane de Poitiers qui s’est vu offrir la charge de l’éducation des enfants royaux.

Mort d'Henri II au tournoi

L’année de ses 40 ans, le 30 juin 1559, Catherine assiste à un tournoi rue Saint Antoine. Henri II y est mortellement blessé. Il meurt 10 jours plus tard. Catherine est marquée par la douleur extrême de la mort de son mari et prend alors définitivement l’habit de deuil qui lui vaudra le surnom de Reine Noire. Elle change également sa devise : Lacrimae Hinc Hin Dolor, « de là viennent mes larmes et ma douleur ». Son fils aîné François II devient roi. Ce dernier aura le temps d’épouser Marie Stuart. Son règne dure à peine plus d’un an, il meurt le 5 décembre 1560.

A 41 ans Catherine a déjà perdu son mari et son fils aîné …

Charles IX monte alors sur le trône à l’âge de 10 ans, sa mère devient régente. Face au développement de la religion Réformée (les Protestants), Catherine souhaite la conciliation et la paix en prônant la mission divine du souverain pour faire régner l’harmonie. Sa volonté de faire coexister pacifiquement les deux religions est manifeste. Seulement voilà : ce n’était le cas ni de François 1er ni d’Henri II. Catherine promulgue cependant un édit en janvier 1562 autorisant la liberté du culte aux protestants en dehors des villes. Les Guise acceptent mal cet édit et l’observe au pied de la lettre à Wassy en mars 1562 : parce qu’ils priaient dans une grande située en ville, le Duc de Guise massacrent tous les protestants présents. Ainsi débute les Guerres de Religions …

L’année suivante, Catherine accorde aux protestants la Paix d’Amboise, avec cette fois la liberté de culte dans les maisons seigneuriales et dans les villes. La paix semble s’installer, elle durera 4 ans jusqu’à la surprise de Meaux lorsque le Prince de Condé (protestant) décide d’enlever le roi. Plus qu’une surprise, c’est la sidération : Catherine et Charles IX se sentent trahis. Mais Catherine continu de croire à la paix et impose en 1570 la paix de St Germain en Laye aux protestants. Afin de renforcer cette paix, elle décide de marier, le 18 août 1572, sa fille, Marguerite de Valois au Prince protestant Henri de Navarre (futur Henri IV). Malheureusement, cela ne fera que mettre « le feu aux poudres » … aucun des deux partis ne souhaite ce mariage contre-nature. Paris est remplie de protestants venus assister au mariage. Ils font peur et cette peur est depuis longtemps alimentée par les prédicateurs catholiques présents à chaque coin de rue. De leur côté, les protestants se sentent pris au piège sous couvert de ce mariage. L’ambiance est extrêmement tendue, elle explose le 22 août 1572 avec la tentative d’assassinat du chef protestant l’Amiral de Coligny, pourtant membre du conseil royal. Qui a tiré sur ce dernier et qui a armé le bras du tueur ? Encore aujourd’hui le doute demeure. Quoi qu’il en soit, le chaos explose dans la nuit du 23 au 24 août 1572 : C’est le massacre de la St Barthélémy. Paris va perdre à peu près 2% de sa population soit environ 2 000 protestants. Rappelons au départ qu’il s’agissait uniquement de tuer les chefs protestants afin d’éviter qu’ils se vengent suite à l’attentat contre Coligny (chose impensable aujourd’hui). Mais le roi aurait dit : «Tuez-les tous, pour qu’aucun ne puisse venir m’en faire le reproche»

massacre-de-la-saint-barthelemy-Francois_Dubois

Catherine de Médicis a-t-elle commandité le massacre ? Nous ne le saurons jamais. Une légende rapporte qu’au moment de l’attaque des chefs protestants, elle attendait dans la salle des Cariatides du Louvre. Prise de remords, elle aurait souhaité arrêté cette attaque mais un garde lui a répondu qu’il était trop tard …

Depuis 1570 Catherine a été diabolisé. A cette époque on jouait avec son nom. Ainsi « Catherine de Médicis» devient sous le procédé de l’anagramme « en chaîne de crime dit ». On contractait Catherine en catin. Dès sa régence Catherine a été considérée comme un tyran qui a violé la Loi Salique (loi qui exclue les femmes de la succession), elle était donc cause de malheur. C’est ce que précise un texte polémique de 1575 (remanié en 1576) « Discours merveilleux de la vie, action et déportement de Catherine de Médicis, Roine Mère ». Il y est question également de l’image maléfique de Catherine, prouvée par une pièce à conviction : son horoscope. « On fait du jour de sa naissance une apocalypse quand une écharpe sanglante apparaît à l’horizon sur la mer et des tâches rouges sur la lune … » [1] [2]. Plus tard Balzac, Dumas et Michelet continueront cette légende sombre et néfaste de Catherine de Médicis.

Reproduction partielle du thème astral en la nativité du duc d'Anjou, Gaston de France futur Henri III

Parce qu’elle était une femme étrangère, une italienne qui plus est, et parce qu’elle était au pouvoir, Catherine de Médicis a toujours été largement critiquée. Pourtant, elle a vécu 80 ans (elle meurt en 1589), a régné 30 ans et connu 8 guerres de religions. Naïvement peut-être elle a cru à la paix et en mère accomplie, elle a toujours souhaité protéger le royaume et ses enfants.

Pour finir et même si il y a encore mille et une chose à préciser sur Catherine de Médicis, il reste une interrogation : Le 13 avril 2016, la première plaque en hommage aux victimes du massacre de la Saint Barthélemy a été dévoilée au pied du pont Neuf, square du Vert Galant, par Mme Anne Hidalgo, maire de Paris en collaboration avec la Fédération Protestante de France. 444 ans plus tard … Il aura fallu moins de temps au Pape Jean Paul II pour demander pardon : 425 ans … Une plaque commémorative mais une plaque bien cachée et placée à côté d’une autre plaque, elle aussi rappelant un massacre : Les Templiers. Quant à la date choisie : le 13 avril, elle fait référence à l’Edit de Nantes (1598) édit de pacification signé par Henri IV qui définit les droits des protestants en France et mit fin aux guerres de Religion. Oui mais voilà, si Catherine de Médicis est, pour l’Histoire, responsable de la Saint Barthélémy n’a-t-on pas pensé à sa date de naissance … un 13 avril 1519 ?

Et à quand une plaque commémorative pour cette grande Dame ???

[1] Medicaea Medea – Art, Astres et pouvoir à la cour de Catherine de Medicis – Luisa Capodieci (Ed. Droz)

[2] N’est-il pas question d’une comète rouge dans Game Of Thrones ?

Sylvanie de Lutèce

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *