CULTURE, EVENT
Leave a comment

HANNIBAL VOLKOFF // AUDACE ET DÉCADENCE PERDUES

A l’occasion de la sortie de son livre « Nous naissons de partout », le photographe Hannibal Volkoff nous a reçu chez lui. Très intrigués, nous avons franchi la porte de son immeuble, situé dans la charmante rue Barbette à Paris. Rencontre à domicile.

Un air de musique classique nous accueille sur le pas de la porte. Derrière, un jeune homme délicat ouvre, le sourire aux lèvres. Physiquement, Hannibal Volkoff est un doux mélange entre le Petit Prince et Alex DeLarge (Orange Mécanique).

Son appartement lui va bien. Il a l’odeur d’une bibliothèque, le cachet de l’immobilier Haussmannien et l’ambiance d’une grotte d’adolescent cultivé. Pour ne rien gâcher, il donne sur une cour verdoyante bercée par le chant des oiseaux. Avant même le premier mot échangé, le décor est planté.

Hôte attentif, l’artiste nous propose un verre de rouge avant de se servir à son tour. Rapide, il dégaine même avant nous : « Et vous, parlez-moi de votre site ». De quoi nous faire comprendre qu’il s’agit davantage d’une discussion entre curieux que d’une interview classique.

97 Dexter en cendres, 2010

« Ce soir ou jamais »

Une queue de baleine et un volcan en éruption, c’est ce que le photographe dessine sur la première page du livre qu’il nous dédicace. A mesure que l’on tourne les pages, on découvre trois séries, « Les garçons sauvages », « Confessions d’un masque », et « Les descendants : absinthe et cerfs-volants ».

Le photographe, exigeant, nous raconte la difficulté de rassembler dans un ouvrage autant de clichés différents, la limite du format A4 et celle du papier. Avant de relativiser :

« Ce qui est important pour moi, c’est de sortir un livre avant mes 30 ans [il en a 29. ndlr]. J’ai commencé à prendre ces photos en 2007, elles sont ma vingtaine. C’était le bon moment pour les regrouper dans un ouvrage.»

Sa vingtaine, faite de fêtes, d’expériences et de rencontres, Hannibal l’a partagée avec d’autres. Ceux qui, comme lui, sont passés de l’adolescence à l’âge adulte en se disant toutes les nuits que « demain n’existe pas » et que vivre c’est « ce soir ou jamais ».

Ce sentiment d’immédiateté fougueuse, de passion désespérée et de désinhibition totale, il le doit selon lui à la crise économique et sociale qui a baffée l’Europe en 2008. Faisant d’Hannibal et de ses camarades des « enfants de la crise ».

79 Adam à la Bizarre Love Triangle, 2011

« Je m’amuse beaucoup moins quand je sors »

Quand Hannibal à un peu plus de vingt ans, Baby rockeurs, Fluos kids, Sea punk, Néo-glam, Gothiquo-glam et Métaleux en talons aiguilles se retrouvent tous ensemble pour faire la fête. Comme un grand melting-pot adolescent.

Ebloui par ces intenses déclarations identitaires, l’artiste écume les soirées et côtoie la faune de sa jeunesse, appareil photo à la main. Sans se douter que le tout sera un jour l’illustration d’une génération toute entière.

De cette période bénie, où l’on avait le droit « d’être différent, d’être soi», il ne reste plus grand-chose, explique-t-il nostalgique:

«Aujourd’hui, il y a moins d’audace, moins de décadence. Il n’y a qu’à aller en soirée pour se rendre compte que les excentriques ont déserté. Certains me disent que c’est moi qui ai vieilli… peut-être. Ce qui est sûr, c’est que je m’amuse beaucoup moins quand je sors. »

154 Lola lisant Proust chez Maxim's, 2010

Du sperme et des paillettes

L’énergie qui manque aujourd’hui à l’artiste de presque trente ans, se tient maintenant sur ses genoux, entre les 110 pages de son livre.

Remplis d’un désir déterminé et insatiable, ceux qui l’a pris en photo semblent, en effet, ne vivre que pour le plaisir de l’instant. Etreintes suantes, langues baladeuses, intraveineuses amusées et gode-ceinture exhibé, ce qui existe autour d’eux n’a qu’un seul but : leur procurer le kiff de leur vie. Le tout, dans une ambiance aussi joyeuse qu’impertinente. Paillettes et plumes dans le cul assumées.

De cette période, Hannibal semble n’avoir oublié que les mauvais moments. Où peut-être qu’il n’y avait tout simplement pas. Peut-être qu’en 2008, pour une poignée d’heureux, le kiff dégoulinait en un flot continu.

Barbara Krief

109 Syd et Lou s'embrassent, 2014

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *