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JOHN CASABLANCAS : L’HOMME QUI AIMAIT LE SUCCÈS BIEN PLUS QUE LES FEMMES

A la façon d’un épisode de « How I met your mother », John Casablancas raconte comment il a rencontré, non pas la mère de ses enfants, mais le succès, en créant son agence de mannequin “Elite”. 

Dans son documentaire « L’homme qui aimait les femmes », Hubert Woroniecki passe la bande son des dernières confessions de son ami John Casablancas en les illustrant de vieilles couvertures de presse, d’images officielles et de photos de famille. Ce récit chronologique d’une vie faite de luxe, d’oisiveté, de belles femmes et de business nous plonge au cœur des années 80-90, apogée de Elite Model Management. 

JC_au bureau_fin 70_©JohnCasablancas

Le long métrage qui lui est dédié, dépeint un John Casablancas self-made man outsider venu révolutionner le monde des agences de mannequins. S’il est vrai que l’homme a su inventer le concept de mannequin-star, en offrant à chacune de ses recrues un storytelling en béton, on a dû mal à oublier ses années de pension pour « fils et filles de » en Suisse ou l’apport, conséquent à l’époque, de 100.000 euros fait par son père pour pouvoir ouvrir sa première agence, Élysées 3. La vie de John Casablancas est en réalité celle d’un homme bien né et bien tombé.

Les années de galère bourgeoise passées, le documentaire se concentre sur la guerre féroce que John Casablancas a déclenché, de par son inventivité et son goût du risque, entre son agence et les quelques autres qui monopolisaient le marché avant son arrivée. Une ode au libéralisme américain et à la loi de la concurrence féroce. Elite écrase Ford et le petit monde de John jubile.

JC_filles_ dans la rue_©jacques_silberstein

Avec le temps tout fout le camp

Le titre est franchement mal choisi. Si l’on doute sincèrement que le créateur d’Elite était « l’homme qui aimait les femmes », le romantisme de Truffaut manque à l’appel, on comprend volontiers qu’il aimait à les consommer et à les exploiter. Que ce soit pour son plaisir ou pour ses affaires.

Une qualité qui lui permettra de donner un peu plus d’humanité aux mannequins que celle d’un porte-manteau. C’est en effet grâce à son aide que Cindy Crawford, Karen Mulder et Linda Evangelista sont devenues des icônes de la mode, avec une voix. De là à dire qu’il les a « faites »…

JC_filles_©JohnCasablancas

Malheureusement pour le Don Juan vénal, la fin de ce star-système et l’arrivée des modèles La Redoute, habituées à suivre les tendances plus qu’à les créer, sonne la fin de l’hégémonie Elite. Et avec, celle de l’ère Casablancas.

Moins jeune, moins inventif et moins résistant, John abandonne alors le look à la Tom Selleck et commence à décliner. Là encore, sa vie privée rejoint celle de son entreprise et avec le temps tout fout le camp.

Monique_Paulina_JC_ 1986©JohnCasablancas

« Elle avait 16 ans, j’en avais 42 »

Le documentaire d’Hubert Woroniecki, lui-même ancien agent de mannequins chez Elite pendant quelques années, semble rester figé dans le temps, se coupant totalement de la lecture qui lui sera faite en 2016.

Impossible de ne pas être écœurée par le traitement réservé à ces femmes, considérées davantage comme du bétail avec date de péremption collé sur le front que comme des personnalités. Des pots de yaourt souvent mineurs à qui il demandait de venir à ses soirées uniquement vêtues d’un t-shirt blanc oversize sur lequel était imprimé « Property of John Casablancas »… Preuve criante qu’elles ne sont pour John que des objets aussi plaisants que lucratifs.

Ces femmes, John aime autant les fréquenter que les représenter. Pas un hasard si le logo de son agence représente… un pénis. Un état d’esprit qui l’encourage même à se lancer dans une relation amoureuse avec une mineure de 16 ans alors qu’il en a… 42.

Un climat propice au harcèlement sexuel. C’est d’ailleurs exactement ce que révèle un documentaire de la BBC sorti en 1999, mais dont le caractère diffamatoire a finalement permis à la marque Elite de garder une image relativement bonne. Ce qui n’empêche pourtant pas John Casablancas de se retirer de sa propre création en 2000 après avoir vendu ses parts. Peut-être trop conscient de l’usine plus « bétailmodel » que « topmodel » qu’il avait créée ?

JC_Stéphanie Seymour_fin 80s_©JohnCasablancas

John par John

Au final, le documentaire est en réalité plutôt une fiction puisqu’il ne donne à voir que le son de cloche d’une seule personne : celui de John Casablancas, à travers sa voix off.

Pour combler visuellement les passages romancés, toujours par John lui-même donc, le réalisateur a fait le choix d’un genre de dessin animé façon Archie pervers en dépression, peu convaincant. Ces coupures BD bas-de-gamme sont aussi gênantes qu’ennuyantes. Dommages, elles viennent casser un rythme plutôt entraînant.

Ce monologue de récit de vie sans nuance aurait gagné à être entrecoupé par des interviews de proches, de collègues et de mannequins ayant connus le business man.

D’ailleurs, ce sont elles qui manquent le plus au documentaire. Ces « belles proies » chassées par l’homme à l’œil aiguisé, ont à peine quelques lignes dans le film. Il aurait été bien plus intéressant de les entendre, elles qui ont fait de John le roi des agents de mannequin.

Look of the year_1983_Acapulco ©JohNCasablancas

Barbara Krief

« Casablancas – l’homme qui aimait les femmes » de Hubert Woroniecki en salle le 29 juin.

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