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MUSIC // ANNE PACEO, GLOBE-BATTEUSE

Je n’aime pas particulièrement le jazz mais j’aime Anne Paceo. Son rêve de musicienne ? Partir en tournée avec James Blake ou Maestro. Son but ? Faire danser les gens. Cette batteuse (prodige) a très bon goût. Rencontre, pour son 4ème album.

Lorsque je demande à Anne Paceo quelle est la chanson favorite de son dernier album, elle n’hésite pas et répond « A tempestade ». Littéralement « une tempête » en portugais. Le ton est donné, cette jeune femme est une tornade. Mais une tornade assagie, adulte et déterminée. « Circles », son 4ème album après quatre ans d’absence oscille entre ombre et lumière et nous offre une nouvelle facette de l’artiste.
« Optimisme ténébreux », « maturité », « conscience du monde », ce sont les mots qu’elle choisira pour décrire l’état d’esprit dans lequel elle a écrit ce dernier. Une renaissance, en tous points, comme le suggèrent certains titres de Circles (« birth & rebirth », sunshine », circles », « patience »).

Circles d'Anne Pacéo

Circles d’Anne Paceo

Fatiguée de ne jouer que du jazz, même si elle a partagé la scène avec les plus grands (Christian Escoudé, Rhoda Scott, Michel Legrand, Yaron Herman, Rick Margitza, Henri Texier, Andy Sheppard…) Anne s’intéresse à la pop, au rock et à la musique classique. Elle aime la musique quand celle-ci est libre, simple, elle aime quand ça groove. Elle aime les chansons, celles qui ont un sens, celles qui sont lumineuses.
C’est en 2013 qu’elle ira s’encanailler avec Melissa Laveaux et jouera de la pop, de la vraie. Elle y prendra goût et finira par récemment intégrer le groupe Jeanne Added, trio parisien bien loin de ce qu’elle avait l’habitude de jouer. Ce sont ces rencontres qui ont forgé ses envies pour Circles.
Lorsque l’on aborde le fait d’être une femme dans le milieu de la musique et particulièrement celui du jazz elle est sans équivoque : « Je sais que l’on a souvent attribué ma réussite au fait que je sois du sexe féminin (ndlr, elle a gagné une victoire de la musique Jazz), mais mon but c’est de le faire oublier. Il y a beaucoup de femmes très talentueuses qui doivent en faire deux fois plus que les hommes, c’est dommage ».

Anne joue une musique sentimentale, fragile et courageuse, en toute discrétion. Pas de solo de batteries interminable dans Circles. Dieu merci. Elle réinvente doucement le genre en laissant place au chant de Leila Martial, bluffante, et au clavier rêveur de Tony Paeleman. Reste néanmoins présent un instrument iconique du jazz, le saxophone, joué ici par Emile Parisien (cela ne s’invente pas), jeune virtuose moderne.
Ce qui l’intéresse, c’est mettre en avant la musique et non son jouet fétiche, la batterie.
Anne part à la recherche de sons et de textures comme elle partirait en voyage. Elle est curieuse, elle découvre, elle tâtonne, elle innove. Vous annoncer que Anne a voyagé serait peu dire puisqu’elle a déjà joué dans 41 pays et 5 continents. Belle performance. Mais elle en veut encore et ne cesse de s’ouvrir aux autres, partout où elle va.

Anne Pacéo

Le résultat : un album qui contient des morceaux qu’elle avait composés il y a 10 ans (« sables ») et d’autres qui sont le résultat de l’osmose entre les quatre musiciens rencontrés aux quatre coins du monde qui ne se connaissaient pas avant (« moons »). « J’avais besoin de changer, je voulais des gens qui allaient un peu salir ma musique, me me trouvais trop lisse. J’ai pris ma batterie et je l’ai transformée en batterie rock » confie-t-elle. « Je suis ouverte à toutes les expériences, j’ai autant besoin de jouer du jazz que de la pop ».

Nouvelles envies et nouvelle image, Anne n’est plus en évidence sur la cover de son album, mais de dos, en noir et blanc, telle une peinture, figée. « Je voulais une pochette un peu énigmatique et être dans ce cercle, entre clair et obscur c’était exactement ce que j’avais en tête. Je voulais travailler la cohérence ». Bien évidement, elle nous raconte que les événements de janvier dernier l’ont beaucoup touchée et ont donc aussi joué un rôle dans son écriture : « On a enregistré le disque en 6 jours en janvier dernier à Limoges, je n’avais pas eu le temps avant à cause de tous mes concerts. Le jour de Charlie Hebdo on a enregistré « Birth & rebirth », c’était comme un signe. On était loin de nos amis et de notre famille alors il a fallu qu’on se serre les coudes, ça nous a rapproché. C’est peut-être aussi pour ça que le disque est teinté d’une certaine mélancolie, mais jamais de pessimisme ».

Anne Pacéo

Toujours voir le bon côté des choses et ne jamais se contenter de ce que l’on a, c’est son leitmotiv. Anne fait partie de cette nouvelle génération inventive et assoiffée de liberté. Circles est un album sensuel et poétique qui vise un public plus large. C’est ça l’effet Paceo.

Bonus
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« Myanmar folk song »
« J’étais dans une rue à Rangoun en Birmanie, assise sur une petit chaise et malgré l’animation qu’il y avait, j’ai entendu au loin un voix qui chantait les bribes d’une mélodie. J’ai cherché d’où cela venait et finalement j’ai vu une femme faire la manche en chantant. C’était incroyable, j’ai eu la chair de poule. J’ai enregistré quelques secondes sur mon téléphone et quand je suis rentrée à Paris je me suis rendue compte que je n’avais que des petits bouts… Rien d’exploitable. J’ai quand même essayé de composer un morceau avec le peu que j’avais et ça a donné « Myanmar folk song ». Je suis retournée en Birmanie en décembre et j’ai joué cette chanson en demandant au public si quelqu’un reconnaissait cet air. Personne n’a levé la main. Inconnu. »

Anne Paceo est en concert ce soir au Café de la Danse
Son site : http://www.annepaceo.com/

Anne Pacéo

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