CULTURE, PORTRAITS
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PASCAL GAUZES, UN GALERISTE SINGULIER

Comme beaucoup, je suis entrée dans la PIJAMA galerie par hasard, et, depuis j’y retourne fréquemment pour deux raisons : la gentillesse de Pascal Gauzes, un galeriste attachant qui trouve toujours les mots simples et justes pour parler de ses artistes, et pour son parti pris de n’exposer que des jeunes artistes ou des artistes aux parcours atypiques.

Galeriste depuis 2 ans & startupeur depuis 4 ans, Pascal est toujours en recherche de nouvelles idées pour développer son champ des possibles et égayer sa créativité & son quotidien. Venant d’un milieu social « très très classique », il est ingénieur agronome de formation. Son but en sortant de cette formation ? Faire du consulting et de l’audit pendant 15 ans pour créer sa boîte. Finalement, il intégrera L’Oréal, après avoir complété sa formation à SciencesPo Paris mais « trop atypique pour le monde de la grande entreprise, je me suis rendu compte que je n’étais pas fait pour les codes ». Expérience professionnelle compliquée mais de laquelle il a tiré « cet intérêt pour le beau qui plaît, l’esthétique, la précision de l’œil ». Du fait de la maladie de son conjoint, il prend le risque de changer d’emploi et commence à travailler dans une société de bâtiment. « Je me suis rendu compte que dans le bâtiment le marketing était complètement en friche, ce qui m’a ouvert des portes mentales pour exprimer des choses nouvelles car j’ai réalisé que le monde n’était pas figé ».

A la mort de son conjoint, Pascal prend une année sabbatique pour s’interroger sur lui-même et décide de créer une startup mettant en avant l’artisanat. Cette dernière vise à évaluer les artisans du bâtiment, à la manière de TripAdvisor, et à « aider les artisans à aborder sereinement le tournant du digital car c’est un milieu où le digital est assez mal perçu, alors qu’inévitable, et trop peu mis en avant. En faisant du bâtiment le parent pauvre de l’artisanat en général, cela risque à terme de priver la France d’un savoir-faire incroyable ». Ses rencontres avec des artisans-artistes sont déterminantes pour forger la personne qu’il est aujourd’hui. C’est en cherchant des bureaux pour sa startup, qu’il trouve un local en face de chez lui – dans le Marais – et avec une grande vitrine n’ayant pas d’intérêt pour son activité. Il a alors un déclic : comment la valoriser ? Il décide donc de mettre en avant de jeunes artistes : « étant dans le Marais je trouvais que c’était une démarche atypique, qu’il y avait énormément de galeries mais pas toujours facile d’abord et mettant surtout en avant que des artistes bankables. C’est bien, il en faut ! Mais la galerie ne doit pas converger avec les musées ». Il s’interroge sur la place des artistes émergents en dehors des foires d’artistes qui peuvent parfois virer au patchwork criard. Il fait le pari – réussi – de trouver des petites perles et de se faire confiance sans avoir un bagage d’école d’art. « Je voulais surtout apporter ma capacité à faire du storytelling sur des artistes qui veulent tout montrer d’un coup ou qui ne savent pas comment parler d’eux ». Ce qui lui fait plaisir ? Etre un intermédiaire entre la création et les collectionneurs mais aussi les simples regardeurs, bref le public.

Le pari était d’autant plus risqué car, pendant longtemps, il était incapable de rentrer dans une galerie. Le premier galeriste qu’il a rencontré c’était sur…Grindr! « Plutôt que d’aller faire un plan, je suis allé dans sa galerie & je suis tombé amoureux… d’une œuvre. C’était le 17 mai 2013, c’était ma fête, je venais de créer ma société. Je me suis fait plaisir et offert mon premier cadeau en suivant mon instinct.» L’œuvre, un peu geek, un QR ode d’Aram Bartholl. Aujourd’hui, au-dessus de son lit, elle lui permet de se rappeler quotidiennement qu’il faut se faire confiance. > Son deuxième « signe du destin » avec la galerie fut l’affiche d’une galerie éphémère qui présentait le travail de Pénélope Octavio, qu’il apprécie beaucoup aujourd’hui, et proposait de participer à une performance artistique en se faisant prendre en photo nu dans un frigo. Malgré cette expérience, qui aurait pu être traumatique à de nombreux égards, c’est en fait une révélation, grâce à l’artiste et à la galeriste – Céline Moine. Il découvre que la galerie peut être un lieu de rencontre, de découverte et d’expériences hors du commun.

« L’idée de la PIJAMA galerie, c’est de rentrer dans un endroit où on n’a pas de barrière psychologique ». C’est pour cela que tout est simple dans cette galerie, pas dans « l’over-élitisme qui n’a pas de sens et pas le droit de cité, tout du moins ici.» La PIJAMA galerie a d’abord été rue du Pont aux Choux dans 15m2 « sans WC, eau ou même une petite porte pour cacher 2, 3 trucs ». L’actuelle PIJAMA galerie, située 82 rue de Turenne, existe depuis 9 mois. Il a décidé de déménager en ayant un coup de cœur pour un artiste et en réalisant qu’il n’aurait pas assez de place pour l’accueillir. Il a donc fait un financement collaboratif pour l’aider à financer ce projet. Cette campagne de crowfunding sur KissKissBankBank réussie le surprend : ce ne sont pas forcément des personnes auxquelles il s’attendait qui l’ont le plus soutenu. Et plus belle surprise encore, il renoue avec d’anciens amis, que la vie et la distance avaient éloignés, et « recrute » de nouveaux collectionneurs.

Sa galerie, il en connaît désormais le moindre recoin, ce qui lui permet lorsqu’il souhaite exposer un artiste de le projeter immédiatement dans son espace. Ovni du monde de la galerie, Pascal commence à être reconnu par ses pairs – la galerie vient d’être acceptée au Comité Professionnel des Galeries d’Art – et cela prouve que l’univers de la galerie parisienne n’est pas si fermé. Désormais convaincu de cela, il pense que grâce à la dynamique impulsée par les nouvelles galeries, la galerie est « dans un monde toujours plus digital le nouveau marché à suivre pour revenir à quelque chose de plus tangible ». L’art est aussi un nouveau signe de réussite sociale, et si les collections peuvent devenir des investissements il est important de commencer d’abord par de l’achat sensible et se créer un œil en fonction de sa sensibilité : « on commence d’abord par se faire plaisir et ensuite on affine ». Tout n’est pas, pour autant, rose dans le milieu de la galerie parisienne. Ses débuts ont été marqués par des réactions un peu exagérés de certains confrères, cherchant la petite bête tout en souhaitant en savoir plus sur l’avenir de la galerie. Sa vraie surprise est venue de la part des membres du Comité Professionnel des Galeries d’Art qui ont fait preuve de bienveillance et très bien accepté le positionnement, qui permet d’offrir une diversité dans le paysage des galeries parisiennes.

Pour le public, ce qui reste compliqué – vu sa position à 2 pas de la galerie Perrotin – c’est de rentrer dans l’une après l’autre en ne faisant pas de comparaison. Historiquement, la rue de Turenne est une rue de grossistes de chemises et même si elle évolue, les galeries présentes n’ont généralement pas pignon sur rue mais sont en arrière-cour et prestigieuses. « Il faut pouvoir accepter lors de l’entrée dans la galerie, de franchir une porte vers l’inconnu et, généralement, ça se passe bien. Mes plus beaux retours sont de la part des collectionneurs qui tombent là par hasard en sortant d’un vernissage ou parce qu’ils avaient quelques minutes à tuer chez un confrère de renom ». L’autre surprise lui vient des médias, Arts Magazine suit la galerie de manière très assidue, toutelaculture.com est presque devenu un partenaire quant à Télérama, tombé par hasard sur sa galerie, a pu apprécier la qualité de l’exposition présentée à ce moment-là (NDLR : Anne-Laure Koubbi – Hibridae).

Ces projets pour les prochains mois ? Une exposition sur le Canard Enchainé, d’un artiste qui fut d’abord un acheteur. En plus d’aimer ce que fait l’artiste, c’est la première fois que Pascal va proposer de la peinture aussi décalée. Il participe aussi à sa première foire : DDESSIN à l’Atelier Richelieu du 23 au 26 mars. Il envisage également de faire évoluer la galerie en appartement « pour que les gens s’arrêtent et prennent le temps de se laisser pénétrer par d’autres formes d’art ». Il a aussi dans ses tiroirs, pour septembre, une exposition engagée de Kirkis Rrose qui travaille sur le rose et la théorie du genre.

L’artiste qu’il aime beaucoup ? Combo : « Il a tout pour lui, grande intelligence, grande sensibilité, beaucoup d’autodérision et une vraie conviction et force. Lors de sa dernière expo, il a décidé de vandaliser lui-même les œuvres non vendues : une mise en danger très intéressante et un excellent coup de communication ».

PIJAMA Galerie, 82 rue de Turenne, 75003 Paris. Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 19h et le samedi de 12h à 19h.

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