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AU COEUR DE LA MODE // LA MASTERCLASS ARTS OF FASHION FOUNDATION AVEC STÉPHANIE COUDERT

Jeudi 28 juillet, se tenait au cœur du Musée des Arts décoratifs de Paris dans le Salon des Boiseries la présentation annuelle de la Fondation Arts of Fashion.

Depuis 2001, cette fondation américaine basée à San Francisco a pour but de mettre en avant les créateurs de mode de demain en transmettant le savoir-faire français des métiers de l’artisanat de la mode et l’excellence des professionnels.

Chaque année, une dizaine d’étudiants en mode, issus des écoles du monde entier, sont sélectionnés et se retrouvent pendant 4 semaines sous la direction d’un designer reconnu afin de créer deux silhouettes d’une collection en devenir.

Ceci n’a rien d’un jeu, la sélection est rude. Plus de 150 dossiers sont envoyés chaque année. Quelques élèves au profil le plus intéressant sont aussi sélectionnés lors du symposium d’octobre qui se tient à San Francisco. Pour l’année 2016, le jury sera présidé par la créatrice Anne Valérie Hash.

Les étudiants de cette master class ont bien conscience qu’étudier au quotidien durant 4 semaines avec un créateur accompli dans la capitale de la mode est un privilège. Ils y ont souvent placé beaucoup d’espoir et leurs économies.

La poésie et le travail se ressentent dès l’entrée dans l’atelier, que j’ai pu visiter un matin du mois de juillet. L’intégralité de la collection est blanche cette année et ces jeunes personnes venant d’Indonésie, de la Corée, de Norvège, de Colombie, du Pérou, d’Australie et de Chine, travaillent religieusement sur les deux silhouettes qu’ils auront à présenter devant un parterre de professionnels de la mode. Leurs parcours sont tous différents, de jeunes diplômés, une styliste exerçant déjà à Los Angeles, une colombienne travaillant le macramé rituel des amérindiens, une jeune australienne qui vit pour la première fois loin de sa famille.

A l’occasion de ce rendez vous matinal, j’ai eu la chance de rencontrer la créatrice, Stéphanie Coudert, qui a supervisé et nourri de son talent cette master class. Le thème de cette année est Cuba et c’est elle qui a décidé que la collection serait entièrement blanche. Ne pas donner d’importance à la couleur afin de tout miser sur le détail.

Jeune créatrice passée par Duperré, les Arts Déco et l’Institut Français de la Mode, elle remporte en 1999 un prix au Festival d’Hyères. C’est à ce moment là que Nathalie Doucet (fondatrice d’ Arts of Fashion) la remarque et l’invite en 2005 à San Francisco afin d’y présenter son travail lors d’une exposition. Elle y débarque avec son bébé de cinq mois et des bagages à n’en plus finir. Cette exposition marquera le début d’une collaboration lointaine mais sincère qui aujourd’hui se concrétise autour de cet événement.

ARTS SO FASHION 2016 // PHOTO JEAN-PAUL LEFRET

Cette femme est créative par essence : danse, sculpture, écriture, musique… « Tous les moyens d’expression sont vitaux pour moi mais c’est la mode qui me fait vivre »

Tout de suite après Hyères, elle créé sa première collection, seule dans son atelier de Belleville, sans se rendre compte des lois du marché. Être confrontée à l’industrie de la mode, c’est se retrouver face à des industriels qui pour la plupart n’ont jamais vu une femme seule débarquer dans les usines. « Le patron des industries Stoll France, qui faisait de la maille en une seule pièce m’avait demandé un jour « mais vous avez un père dans l’industrie ? Je lui ai répondu : non, mais je vais essayer quand même ! ».

Encore aujourd’hui, l’industrie de la mode n’est pas tendre avec les femmes.

Malgré une clientèle régulière, elle lâche tout en 2009 lorsqu’elle se rend compte qu’elle n’a plus assez de part créative mais répond seulement aux désirs de ses acheteurs.

ARTS SO FASHION 2016 // PHOTO JEAN-PAUL LEFRET

Aujourd’hui, cette femme qui paraît fragile, parle d’une voix posée de cette révolution qui est en train d’opérer sourdement dans nos quotidiens. Les codes ont changé, internet a fait évoluer les mentalités et dans ce climat incertain qui est le nôtre, il est primordial pour elle de remettre la création et la notion de travail au centre de la mode. Avec de l’huile de coude et même si tout le monde lui dit que c’est impossible, elle créé tous les jours, dans son atelier pour des clientes exigeantes. Ces clientes sont parfois plus habituées aux salons des grands couturiers, mais elles la suivent, avec confiance.

Son défi lors de cette master class est de transmettre son savoir-faire tout en mettant en avant la singularité de chaque élève, qui a sa propre histoire, sa propre culture, son propre talent.

Lors de cette présentation, tous ont les traits tirés mais le sourire aux lèvres, ils défendent leurs créations auprès des invités et Stéphanie veille discrètement sur chacun. Derrière cette femme aux allures de jeunes fille se cache une designer de talent qui ne lâchera rien pour faire vivre la création, quel qu’en soit le prix. À ce moment, on comprend pourquoi elle utilise « courage et bienveillance » comme devise. C’est ça. Stéphanie Coudert est courageuse et bienveillante.

Arts Of  Fashion leur site, leur instagram, leur facebook.

ARTS SO FASHION 2016 // PHOTO JEAN-PAUL LEFRET

Photos : Jean-Paul Lefret

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  1. Many Thanks to Laurie Lefret and all the team of Balthazare for their continuous interest in our Arts of Fashion Foundation and its unique Fashion MasterClass program in Paris, hosted at Les Arts Decoratifs Museum, and with the genuine collaboration of Maison Lemarie / Lognon (les plisses) , part of Les Metiers d’Art – Chanel.

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