CULTURE, PORTRAITS
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FEMME GALERISTE #1 // RENCONTRE AVEC CLAIRE CORCIA

Claire Corcia est galeriste à Paris. Elle fera partie des 38 galeries représentées lors de la prochaine Outsider Art Fair qui se déroulera du 20 au 23 octobre à Paris.
L’occasion pour nous de rencontrer une femme qui a sa propre galerie et qui a décidé de sortir des sentiers battus afin de représenter des artistes dont elle aime l’œuvre et qu’elle défend corps et âmes.

Celle qui découvre l’histoire de l’Art lors de sa prépa sciences po n’hésitera pas longtemps à choisir entre l’Art et les sciences politiques. Quitte à déplaire à ses parents, elle intègre Paris 1 en histoire de l’Art. Un passage d’un an à NYU grâce à une bourse, elle rentre et cumule ses passions, l’Art à l’école du Louvre et l’Anglais à la fac. Elle obtient également un deug de droit.

Un troisième cycle de spécialisation à l’IESA afin d’y apprendre les techniques des arts graphiques et le droit du marché de l’Art. Une année de muséologie à l’Ecole du Louvre. Des stages dont plusieurs avec Didier Ottinger au Centre Pompidou, au départements expertise des tableaux anciens chez Sothebys à Paris, avec René Millet puis Eric Turquin, et en expertise au département art contemporain à Londres, elle se consacre ensuite pendant 6 ans à l’expertise de l’art contemporain et des arts d’Afrique et d’Océanie au sein du Cabinet André Schoeller à Drouot.
Pour être du côté des artistes vivants et défendre la création contemporaine, elle décide d’ouvrir sa propre galerie en 2008. Malgré les difficultés propres à cet univers, cette maman de deux jeunes enfants ne lâchera rien pour garder une certaine liberté dans l’Art.

France, Paris (75), //France, Paris,

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Bonjour Claire, pourquoi avez-vous eu envie d’ouvrir votre galerie ?

J’ai commencé par collectionner en fréquentant les ateliers d’artistes et un jour j’ai trouvé le lieu qui allait être ma galerie, c’était comme une évidence pour moi !
Les gens ont essayé de me dissuader d’ouvrir ma propre galerie, en me disant que c’était un gouffre financier, que je n’en dormirai plus. Ce qui est vrai. Surtout lorsque l’on défend des artistes jeunes et que l’on se place volontairement hors de l’officialité.

Mais c’est justement pour ça que j’ai ouvert cette galerie.
Le fil rouge de ma galerie, c’est la comédie humaine. Les passions, l’émotion à travers le regard filtrant de l’artiste, livré à nos contemporains. Il faut que l’œuvre parle immédiatement au regardant. Mon objectif est de trouver des artistes qui s’adressent à l’Inconscient collectif. Je souhaite évidemment créer un lien entre les artistes et les institutions. Et ça donne parfois de très belles choses.

Comment les déniche t-on ces artistes ?

Au début on se lance, et le bouche-à-oreille va très vite. Car les artistes se parlent beaucoup entre eux. C’est assez simplement que des artistes sont venus vers moi et j’aime les représenter. Ce fut le cas avec Ody Saban, qui est une artiste art brut exposée dans plus de 20 musées dans le monde. Je suis là pour créer une relation de confiance avec mes artistes. J’essaie de les comprendre et de faire passer leur message. Je suis là aussi pour représenter leurs intérêts auprès des grandes institutions. Nous galeristes sommes des passeurs de l’art de notre temps.

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Comme de les représenter dans des foires d’Art ?

Les foires d’Art renommées, c’est assez complexe. C’est beaucoup de passe-droit avec des couts élevés et les œuvres sont vendues très chères, ce que je me refuse à faire. Je suis aussi collectionneuse et je suis choquée des sommes que peuvent atteindre certaines œuvres. Ca me met mal à l’aise.
Mais l’Outsider Art Fair c’est vraiment différent.
Oui, c’est une foire américaine de qualité qui présente aussi bien des œuvres d’art brut historiques que des oeuvres d’art brut contemporaines. Elle existe depuis plus de 20 ans à New York et depuis 4 ans à Paris. Elle .rassemble des galeries exigentes du monde entier. J’y participe pour la troisième fois !

Que pensez -vous du milieu de l’Art en France ?

On est toujours dans l’installation, la norme, les grands noms canoniques et commerciaux achetés par les puissants acteurs du marché et relayés par les musées alors que l’Art, c’est avant tout l’émotion et un regard interrogateur sur le monde. Mais on perçoit néanmoins de la part des institutions françaises un léger sursaut et un intérêt croissant pour l’art brut qui instille plus de spontanéité, de vérité dans les allées muséales. Les gens ont besoin d’authenticité. Cette année il y a 19 collections d’Art singulier en France mais on n’en entend guère parler!

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Est ce plus difficile de monter une galerie lorsque l’on est une femme ?

Je ne pose pas la question comme ça. Je pense que c’est très personnel à chaque galeriste.
Par contre la perception du marché est différente si l’artiste est un homme ou une femme.
Les femmes artistes ont été dans l’ombre des hommes, sauf les plus frondeuses ou les plus argentées. Mais aujourd’hui les femmes achètent beaucoup d’Art, et lorsque j’expose des femmes artistes, les femmes sont plus réceptives. C’est intéressant. Parfois lorsqu’un couple entre dans la galerie, si la femme est touchée l’homme peut dire « ah c’est trop féminin ». Il y a beaucoup de travail à faire à ce sujet. En réalité, les collectionneurs ont une responsabilité importante. Car si la galerie expose des artistes femmes, leurs œuvres doivent être achetées sinon, la galerie ne peut plus fonctionner et l’artiste ne peut plus être exposée et n’est donc pas encouragée à créer.

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Quelles sont vos inspirations ?

Je m’inspire beaucoup du cinéma. C’est un art total qui rassemble l’image, le texte, le son, l’émotion. Je suis fan de Woody Allen, c’est un sociologue de sa génération. Cela se ressent dans mes choix artistiques car je recherche avant tout des artistes qui offrent un miroir à nos contemporains. Qui sommes-nous ? Que donnons-nous à voir de par nos usages et nos modes de vie ? Quels sont nos écueils ? Les artistes sont hautement aptes à nous fournir un portrait décapant…qu’il s’agisse d’arts graphiques, de théâtre, de musique, de danse ou de cinéma.

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Quelles sont les (ou vos) lieux d’exposition de prédilection ?

La maison Rouge, le Créative Growth Art center d’Oakland, la Halle Saint Pierre, la collection ABCD à Montreuil et le magazine Artension pour son engagement, ses découvertes et son soutien de toutes les formes d’art singulier.

Quels conseils donneriez vous à une jeune galeriste ?

Se faire confiance, avoir du courage et savoir orienter sa sélection au regard de ses contemporains. Et bien sûr, savoir s’entourer.

Claire Corcia sera présente lors de l’Outsider Art Fair qui se déroulera du 20 au 23 Octobre.
Hôtel du Duc, 22 rue de la Michodière, 75001 Paris
Métro : Opéra
Elle y représentera les :
Dessins et aquarelles d’Ody SABAN
Sculptures de Sylvia KATUSZEWSKI
Sculptures de Sabine DARRIGAN
Dessins de Geneviève SEILLÉ

Galerie Claire Corcia
323, rue Saint-Martin -75003 PARIS Tél : 09 52 06 65 88
Métro : Arts et Métiers Parking : Saint-Martin
Lundi-vendredi : 11h30-19h
Samedi : 14h-19h

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