PORTRAITS
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JULIEN SALAUD / QUAND UN POETE CRÉÉ / RENCONTRE

Julien Salaud est un artiste bien de sa génération.
Plein de contradictions essentielles et indispensables à son travail.
Il est un artiste qui malgré sa reconnaissance immédiate dans le monde de l’art, porte encore un regard étonné sur celui-ci. Il est un artiste qui travaille sur des dépouilles d’animaux mais est entouré d’une multitude de petits êtres du royaume animal, bien vivants eux. Il est un artiste exposé à New York et Singapour, que le bruit stimule pour ses installations, mais qui vit dans une maison près d’Orléans.
Julien Salaud est surtout une personne sincère qui s’accroche à l’être humain et à la vie comme ne le montre pas forcément son oeuvre.
Voici quelques morceaux choisis de notre rencontre.

INTERVIEW JULIEN SALAUD from BALTHAZARE MAGAZINE on Vimeo.

Julien salaud, c’est ton vrai nom ?
Oui ! Ça n’a pas été facile tous les jours, mais ca m’a appris très jeune à me défendre avec l’humour. Je n’ai jamais été ni costaud, ni bagarreur, alors j’ai appris à me défendre autrement. Et cela me sert toujours.

Peux tu nous raconter ton parcours ?
J’ai grandi dans une maison du Val d’Oise. Après mon bac, j’ai fait des études de biochimie assez brutales qui ont vite avorté et je me suis tourné vers l’ethnologie. Tout de suite après mes études, je suis parti en Guyane pour travailler dans l’environnement. À mon retour, j’ai décidé de me lancer vraiment dans l’art. J’en avais envie avant mais j’avais besoin de le murir donc après m’être fait recaler des Beaux-arts et de l’Ecole Boule à cause de mon âge, j’ai sauté le pas. J’ai intégré un cursus artistique à l’université de Saint-Denis. J’aurais pu aller à la Sorbonne mais Saint-Denis me semblait plus exotique et intéressant. Cela fait partie des joyeux accidents de mon parcours, j’y ai rencontré des personnes essentielles pour moi encore aujourd’hui comme Daniel Danetis, Monique Kissel, François Jeune et Manuel de Barros ou encore ma directrice de maitrise Manuela Dubares. C’est eux qui m’ont poussé à présenter mon travail au Salon de Montrouge.

Comment on passe de la science aux arts comme ça ?
C’est assez poétique en fait.
Déjà j’ai eu la chance de partir en Guyane quand je commençais à mal tourner en France métropolitaine. Je n’étais pas très autonome et là-bas je participais à des recherches qui m’obligeaient à passer plusieurs jours voir plusieurs semaines en forêt, seul. J’ai découvert la nature, et ma nature aussi. J’ai grandi. Ça m’a permis de me positionner dans un environnement, dans une faune et une flore et d’y trouver ma place.
Un jour je me suis fait piquer par un nid de Mouches à Feu, pendant 3 jours et 3 nuits je ne pouvais pas bouger de mon hamac, sonné par le venin. Je ne pouvais bouger que pour mes besoins naturels. Il y a eu de fortes pluies tropicales et dans ces cas là on voit le rideau d’eau arriver et là la forêt se réveille, s’agite. Cette fois là j’ai eu l’impression d’être un arbre, de faire partie intégrante de cette nature.
Cette expérience m’a poussé à suivre ma route, à faire confiance à mon imaginaire plutôt qu’à ma logique. Ça a été un vrai déclic.

Tu as été très vite reconnu, tu as exposé partout, tu vis de ton art, ca te fait quoi ?
J’ai eu beaucoup de chance parce que ma carrière a décollé en flèche mais j’en ai chié aussi et c’est pas fini je pense ! C’est assez déstabilisant, toutes les émotions intenses sont déstabilisantes. Jusqu’à récemment, j’ai eu pas mal de décès autour de moi et je pense que ça m’a permis de ne pas prendre la grosse tête. Ça remet les pieds sur terre. Maintenant, tout va bien, je vais essayer de rester simple ! (rires)
Rien n’est jamais gagné, ni jamais fini, c’est ce qui me pousse tous les jours.

Tu as exposé à Tribal Act, un salon de tatouage et piercing parisien. Ça te parle la modification corporelle ?
Oui, c’était au tout début. En fait, c’est un ami qui me fait exposer toujours dans des lieux improbables, un salon de tatouage, un donjon SM… C’est toujours des lieux tenus secrets jusqu’au dernier moment. Dans ce cas précis, j’avais fait des pièces avec des clous plantés dans les oeuvres, je pense que ça leur a plu. Le rapport un peu hardcore au corps peut se retrouver dans mon propre travail, c’est vrai. Déjà par le biais de ces piqûres d’insectes, la base de tout.

J’ai vu des photos de toi où tu es nu comme dans un cocon
On a fait ça avec Mathilde Jouannet et Bernard Stulzaft, car je voulais passer outre la présence de la dépouille ou du cadavre dans mon travail. Depuis 2008, je travaille beaucoup avec des animaux empaillés, des dessins de squelettes, des momies… Ce qui a quelque chose d’assez morbide. Je voulais donc ramener mon travail à quelque chose de plus vivant, quelque chose de l’ordre de la chorégraphie. Et puis oui, la renaissance et le processus de vie sont des aspects majeurs de mon travail.

As-tu un très mauvais souvenir à me raconter ?
Oh oui ! Une exposition de mes dessins au Brésil, il y’a très longtemps. J’avais très peu de matériel mais je ne parlais pas la langue et je me suis retrouvé à devoir accrocher un dessin à quatre mètres de haut avec pour seul matériel un escabeau. Mais c’était drôle et très formateur.

As-tu des très bons souvenirs à partager avec nous ?
J’en ai beaucoup, mais je vais parler de trois.
Le premier c’est Salon de Montrouge, ça a été le commencement de tout. De plus, ce sont des gens qui me suivent et m’aident encore aujourd’hui. Comme Gaelle Charbaut qui m’a ensuite fait exposer à la fondation Ricard et à Séoul en Corée.
Il y a aussi le vernissage de la réouverture du Palais de Tokyo, c’était vraiment la folie, il y avait une énergie dingue. J’en garde un souvenir très galvanisant.
Et pour finir, l’installation d’une grotte stellaire à Singapour, j’y ai découvert l’Asie, je me suis rendu compte que je pouvais travailler en Anglais et surtout j’y ai rencontré une commissaire d’exposition qui est finalement devenue une amie.

Julien Salaud est représenté par Suzanne Tarasiève et vous pouvez voir ses oeuvres à la galerie au 7 rue Pastourelle 75003 PARIS.
Il expose au Musée de La chasse (avec un film de Mathilde Jouannet & Bernard Stulzaft) jusqu’au 14 juin 2015. Les infos sont par là http://www.chassenature.org
Vous pouvez voir « la biche » au Carré Beaudoin dans le 20ème.
A partir du 3 avril vous pourrez voir « Fleuve Céleste » dans les caves de maison Ackerman à Saumur.
A visionner aussi :
Le Viméo de Julien https://vimeo.com/juliensalaud
Son site : http://julien-salaud.info

Vidéo et photos de Mathilde Jouannet et Bernard Stulzaft.
Leurs sites :
http://mathildejouannet.com
http://www.bernard-stulzaft.com

 

Julien Salaud Forêt Julien Salaud Grotte stellaire

ENGLISH VERSION

Julien Salaud is an artist who fits with his generation. Full of contradictions that are essential, necessary to his work.
He’s an artist who, despite the rapid recognition of his work in the art world, still looks at it with an astonished and curious look. He works with animal carcasses but is also surrounded by a multitude of tiny little creatures from the animal kingdom, alive and well. His work is shown in New York and Singapour and noises and sounds have a big part in the creation of his installations, yet you’ll find him living in a quiet house near Orléans.
Julien Salaud is above all a genuine person who clings on to life and the human being in a way that doesn’t always transpire in his work.
Here are selected moments from our encounter.

Julien Salaud.. Is that your real name ? (In french, « salaud » means bastard)
It is ! It hasn’t always been easy to live with, but it taught me early on to use humor as a defense mechanism. I’ve never been the hefty or agressive type so i had to defend myself some other way. It still comes in handy today.

Can you tell us a little bit about your path ?
I grew up in a house in Val d’Oise (outskirts of Paris). After my High school graduation i started studying biochemistry. That was brutal… i quickly switched to ethnology. Right after my studies i moved to French Guyana to work on the environnement. When i came back i decided to go into Arts for real. I wanted to do that before but i needed time to let it mature. After i flunked the Beaux Arts & Boule because of my age, i took a leap and started an artistic course at the St Denis University. I could have gone to Sorbonne but somehow St Denis felt more exotic and interesting. It is one of the happy incidents of my path since i met people there, who are still essential to me today, like Daniel Danetis, Monique Kissel, François Jeune et Manuel de Barros or my thesis supervisor Manuela Dubares. They were the one to push me to present my work at the Montrouge Fair.

How do you go from science to arts ?

It’s kind of poetic actually.
The first thing is that i was lucky to go to French Guyana when i started to go down a slippery slope back in France. I wasn’t really the autonomous kind and over there i worked in researches that had me spend several days, even weeks, alone in the forest. I discovered nature and my own nature too. I grew. It allowed me to position myself in the environnement, the flora and fauna and find my place.
One day i got bitten by a whole nest of fire flies. For three days and three nights i couldn’t get up from my hamoc, knocked out by the venom. I could only move to deal with my bodily needs. There was massive tropical rains and you could see a curtain of rain falling and the forest wake up and become restless. At that moment i felt like i was a tree, like i was physically part of this nature. This experience led me to follow another route, my route, to trust my imagination instead of my logic. It has been a turning point for me.

You’ve been recognized and reknown really fast, you have had exhibits everywhere, you live from your art, how does it feel ?

I have been very lucky because my career started with a bang and went straight up but i also struggled and i don’t think that part is over ! It’s kind of destabalizing, all intense emotions are. Until recently, i had a lot of death of people close to me and i think it kept me from getting big headed. It keeps you grounded. Now, everything is great, i’ll try to stay simple ! (laughs)
Nothing’s ever granted nor finished, that’s what keeps me going forward everyday.

You had an exhibit at Tribal Act, a tattoo & piercing studio in Paris. Do oyu relate to body modification ?

Yes, that was at the beginning. Actually it’s all thanks to a friend who always has me show my work in unlikely spaces, tattoo parlors, S&M dungeons… It’s always in spaces kept secret until the last minute. In this case, i had created pieces with nails, it think they liked that. You can find somehow in my work this relationship to the body, a little « hardcore». Even if just through this insect bites thing, at the start of everything.

I saw pictures of you where you were naked in a sort of cocoon..

We made those with Mathilde Jouannet and Bernard Stulzaft, because i wanted to overcome the presence of the corpse, of the cadaver in my work. Since 2008, i had worked a lot with stuffed animals, sketches of skeletons, mummies… which is sort of morbid. That’s why i wanted to reorient my work to something more lively, something close to choreography in a sense. It’s true that now, rebirth, revival and the whole life process are major aspects of my work.

Do you have a bad expérience to tell me ?

Oh yes ! A exhibition of my drawings in Brazil, a very long time ago. I had really few equipment with me and didn’t speak the language and ended up having to hang a drawing four meters high, with just a stool to help me do it. But that was pretty funny and quite formative.

Do you have real great expériences to share with us ?

I have a lot, but i will share three with you.
The first one is the Montrouge Fair, which was the beginning of everything. On top of it, they are people who are still following and helping me today. Gaelle Charbaut for instance, who then showed my work at the Ricard Foundation and in Seoul, Korea.
There is also the reopening exhibit of the Palais de Tokyo, i was really crazy, there was such a incredible energy going around. I still hold this galvanizing memory of it.
Finally, there is this installation of a stellar cave in Singapour. It allowed me to discover Asia, i realized i was able to work in English but most importantly, i met there a curator who became a good friend.

Julien Salaud is represented by Suzanne Tarasiève and you can see his work at the gallery on 7 rue Pastourelle 75003 PARIS.
He exposes to Musée de La chasse (with a movie of Mathilde Jouannet & Bernard Stulzaft) until 14th june 2015. All information are here http://www.chassenature.org
And you can see « Fleuve Céleste » in les caves de maison Ackerman to Saumur.
Have a look to :
Viméo of Julien https://vimeo.com/juliensalaud
his website : http://julien-salaud.info

Picture and movie by Mathilde Jouannet et Bernard Stulzaft.
Their websites :
http://mathildejouannet.com
http://www.bernard-stulzaft.com

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