PORTRAITS
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KAISEN BIRD // LE PHOTOGRAPHE À SUIVRE

Kaisen Bird a été un de nos grands coups de coeur de l’année chez Balthazare Magazine. Nous avons d’ailleurs dédié à ce talentueux photographe un portfolio dans notre première édition papier, et c’est une véritable fierté !
Kaisen Bird a le talent des autodidactes, la passion sans bornes des artistes, l’instinct du photographe, l’humilité des belles personnes. Son travail en argentique est pop, détonnant, poétique et percutant. Il nous raconte, le temps d’une interview, l’histoire de ses photos, ceux qui ont influencés son travail, sa passion pour la musique. Quoi de mieux que les mots de l’artiste en personne pour découvrir son univers?

– Kaisen Bird, qui es-tu ?

Alors, j’ai du mal à dire que je suis un photographe à part entière, je ne me considère pas comme tel. À la rigueur je suis plus à l’aise avec le terme de photographe documentaire. Donc disons que je suis une sorte de photographe amateur averti, je trouve ça moins pompeux et plus juste !

Depuis combien de temps fais tu de la photo ?

Depuis 6 ans maintenant. J’ai acheté mon premier compact argentique en 2009, ça a été une révélation. J’ai réalisé que dans ma famille on ne prenait plus vraiment de photos, mis à part avec l’iPhone, mais ça m’emmerde profondément ! J’ai donc commencé à photographier mon entourage pour compenser le fait de ne pas avoir de réelles traces photographiques de ma propre vie.

Quel est ton appareil de prédilection ? Tu changes souvent ou tu es fidèle ?

J’ai essayé énormément d’appareils et de pellicules différentes. Mon premier coup de cœur a été le « Canon 85N» de 1998, made in Japan, très robuste, avec une chaleur incroyable. Il m’a permis de documenter l’un de mes voyages aux États-Unis. J’ai aussi plusieurs Yashica T4, équipés de l’excellent objectif allemand Carl Zeiss. Mais je ne les utilise que très rarement car ils ne sont pas assez rapides et trop encombrants pour mes sorties. Donc, le plus souvent, j’utilise le MJU II d’Olympus qui est pour moi l’un des meilleurs de sa catégorie. Je suis donc fidèle.

Quelles sont les inspirations qui nourrissent ton travail ?

J’ai plusieurs sources d’inspirations. Il y a d’abord les films de mon enfance comme la Guerre des Etoiles, Jurassic Park, Terminator, Retour vers le Futur… Aussi, les clips qui passaient en boucle sur MTV et VH1 dans les années 80 ont largement influencé mon esthétique et mon travail. En parallèle, je me suis beaucoup intéressé à la composition de l’image au cinéma.
Bien sur les films de Terrence Malick compte beaucoup pour moi, c’est indiscutable. Parmi les thèmes qu’il traite, je suis fasciné par sa vision du rapport spirituel entre l’individu et la nature et par ses plans contemplatifs.
Le Post-Punk m’inspire aussi beaucoup. Je trouve le symbolisme et l’énergie de ce courant musical très stimulant. Le post-punk m’évoque la tension, l’humour, le sens du paradoxe. C’est pour ça que mes images peuvent jouer le rôle de critique sociale ou d’hymne à la vie, j’aime jouer sur cette ambigüité.

-Intéressons-nous à la photographie, quels sont les artistes dont tu adores le travail ?

J’aime John Divola pour le contraste qu’on trouve dans les images qu’il capture. Dans sa série Vandalism, il a vandalisé des maisons abandonnées, mais de manière artistique. C’est à mi-chemin entre la performance et la photographie d’art. Il nous invite à porter un autre regard sur ces intérieurs dévastés.
J’essaye également de faire cela avec mes fumigènes. Je joue sur l’interaction entre un paysage pur mais banal, et un produit totalement artificiel mais sacrément photogénique !
Roman Signer est un photographe que je trouve génial. Je vois de l’ironie et de l’humour dans ce qu’il fait, c’est important pour moi. Martin Parr quand à lui prend des photos qui sont des raccourcis drôles et souvent sévères de notre quotidien, j’aime beaucoup son travail.
Je pense aussi à Lauren Greenfield, une femme talentueuse qui a fait une série sur la jeunesse américaine. C’est brut, honnête mais inspirant. Émerge de cette série un portrait d’une génération qui a grandit trop vite, pleine d’incertitudes et de rêves.

– Parlons de ta série « Fumigène », comment t’es venue l’idée de la faire ?

Après avoir regardé un documentaire sur la seconde guerre mondiale, j’ai cherché à sublimer les lieux de la bataille de Normandie et à leur donner une nouvelle dimension.
J’ai donc réalisé cette série sur le 71ème anniversaire du débarquement comme une sorte d’hommage. Déclencher des fumigènes à la pointe du Hoc et dans les vestiges du port artificiel d’Arromanches était symbolique car les fumigènes sont assez connotés. Ils peuvent rappeler le mouvement des supporters Ultras ce qui peut donc déranger. C’est un sentiment étrange, mais la provocation est importante dans mon travail.

– Quelle est la chose que tu n’aimes pas dans ce métier ?

Mes photos sont souvent du one shot, je ne fais pas de mise en scène. Beaucoup de paramètres entrent en jeu : l’exposition, l’arrière plan, et, les aléatoires propres à l’argentique. La photo peut être bonne, excellente, ou bien totalement ratée: c’est la surprise ou la déception !
Donc, je n’aime pas être déçu par ces photos saisies en one shot. Je peux capter quelque chose de complètement fou et, lors du développement, une image mal cadrée ou floutée ruine cet instant. C’est très frustrant car on ne pourra jamais le revivre, notre chance est passée…
Ca m’est arrivé dernièrement, avec une photo prise à Berlin. À l’angle d’une rue, une moto de la police militaire a percutée une ambulance. Il n’y a pas eu de blessés heureusement mais, la scène était incroyable. Le motard était une véritable armoire à glace, il portait une paire de lunette de soleil oversize aux verres miroirs… J’ai capturé ce moment et, lors du développement, la photo était floue, j’avais du bouger…

– Et qu’est ce que tu adores faire ?

J’adore observer et suivre les gens pour les prendre en photo. Mon truc : je ne leur demande jamais de poser. C’est pour cela que je trouve le rapport à la pellicule 35mm très intéressant, je dois sans cesse me rapprocher des personnes et des sujets. Je me focalise plus sur les détails, ce qui est souvent compliqué à faire avec des inconnus, mais, la photo n’en sera que plus géniale.

Quelle est ta devise ?

Quand on n’est pas fort, il faut être malin.

– C’est quoi ta drogue ?

La musique! Je dois mes bases musicales à mon père qui après l’armée, en 79, s’est inscrit dans la première école de DJ de France. Comme la plupart des jeunes de 20 ans à l’époque, il s’est lancé à fond dans le Disco-Funk. J’ai grandi avec sa collection de vinyles, essentiellement composée de 12’’ Mix, et quelques Led Zeppelin.
Je suis aussi amateur de HiFi des années 78-81, période dorée pour toutes les grandes marques comme Pioneer. Chez moi je dois avoir une dizaine d’amplis, pas moins de 5 paires d’enceintes et 3 platines vinyles. Ca devient problématique à stocker, mais je change régulièrement de matériel, je reste à l’affut des bons coups. Les gens me trouvent d’ailleurs un peu cinglé et ne comprennent pas toujours cette obsession pour le son. Mais, encore une fois, j’adore quand ça dérange.

– Quels sont tes projets ?

Je pense que tout le monde peut prendre de belles photos avec un appareil moderne. Il faut cependant des années pour commencer à en faire d’excellentes. J’aimerais aller dans ce sens, évoluer et arriver à prendre des images toujours plus intéressantes qui poussent les spectateurs à s’interroger. C’est la visée de la photographie artistique mais, parfois, c’est un fardeau. Je me donne une vie pour ça. On construit son univers comme un immense puzzle, chaque photo, chaque rencontre, fait partie d’un tout qui vous définit.

Son site : http://kaisenbird.tumblr.com

Son facebook : https://www.facebook.com/kaisenbird/?fref=ts

1 Comment

  1. ROLLET says

    Photos originales …. Des lieux et des photos qui me rappellent des souvenirs ! Bonne continuation dans cette voie.

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