CULTURE, PORTRAITS
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LE PARIS DE SYLVANIE : MARCEL PETIOT // LE DOCTEUR SATAN

Attention : certains propos et certaines images sont susceptibles de heurter notre sensibilité.

Car oui, malgré cette dernière mais aussi grâce à mon insatiable curiosité, je me suis souvent retrouvée aux archives de la Préfecture de Police à éplucher les registres de la morgue ou bien celui des tentatives d’assassinats, les photographies de scènes de crimes, sans oublier les dossiers des grands criminels. Certains sont plus difficiles que d’autres et sont donc par conséquent consultables uniquement sur dérogation. C’est le cas du terrible et monstrueux Dr Petiot alias Dr Satan … un horrible bonhomme à qui j’ai demandé de rester dans ses 7 cartons plutôt que de venir hanter mes nuits le temps des 7 jours de la consultation (la commissaire divisionnaire m’ayant conseillé pour mon équilibre mental de n’ouvrir qu’un carton par jour) … Autant Landru a pu me faire sourire parfois, autant Petiot m’a régulièrement glacé d’effroi !

 

L’atroce découverte

Le samedi 11 mars 1944, en pleine occupation allemande, les pompiers et les gardiens de la paix sont appelés en urgence par le voisinage de l’immeuble du 21 rue Lesueur dans le 16ème arrondissement, d’où s’échappe depuis déjà 5 jours une épaisse fumée noire accompagnée d’une odeur nauséabonde.

Après avoir brisé une vitre au 1er étage, les pompiers se rendent directement au sous-sol où se trouvent les chaudières du chauffage central pour découvrir dans l’une d’entre elles, des débris humains en train de se consumer ainsi que d’autres débris entassés près de cette même chaudière, prêts à y être enfournés (têtes informes, cages thoraciques etc.). Dans le couloir un sac de ciment est plein de morceaux de corps. Dans la cour, un tas de chaux comporte des ossements. Au fond de la cour, une petite pièce au plafond duquel est attachée une poulie avec corde et chaîne, placée au-dessus d’une fosse occupant toute la surface de la pièce. Une échelle permet de descendre dans la fosse profonde d’environ 2m.

 

Rapport légiste – 10 février 1945

Les débris humains doivent être triés avant d’être envoyés à l’institut médico-légal. Problème : les cadavres sont méconnaissables et dépourvus d’empreintes digitales. Même les analyses de peaux ne donnent rien. On classe à part les scalps (19 chevelures complètes). Les 3 médecins légistes constatent que l’ensemble des débris représentent environ 10 cadavres reconstitués mais que le nombre de victimes doit être bien supérieure si l’on tient compte des 15 kilos de petits morceaux calcinés et de 11 kilos d’os non calcinés et inutilisables pour l’identification.

Les victimes se répartissent presque à égalité entre hommes et femmes et ont entre 30 et 50 ans.

Impossible de déterminer les causes de la mort. Aucune trace de fracture ou de perforation, la suffocation, la strangulation ou les coups de couteau étant les 3 seules mises à mort qui ne laissent aucune trace sur les squelettes.

Dr Eugène, le vrai-faux passeur

En pleine Occupation, des bruits courent sur un éventuel réseau d’exfiltration de juifs … les allemands vont enquêter et infiltrer le réseau et finir par arrêter le Dr Eugène alias Petiot. Ce dernier sera emprisonné 7 à 8 mois, torturé puis miraculeusement libéré.

Le 8 mai 1943, un rapport destiné au dossier allemand de Petiot émane d’un policier français chargé par les allemands de recueillir des informations sur le passage en fraude vers la frontière espagnole. Une enquête menée avec vigueur :

« Toutes les 3 semaines, un convoi part pour l’Espagne. Les intéressés doivent à la première rencontre payer 50 000 frs et déposer 10 photos (5 de profil et 5 de face) et leur adresse. Ensuite l’intéressé est prévenu 3,4 jours avant le départ du convoi et doit se rendre à un endroit désigné, inconnu de lui par avance. A l’endroit convenu, un membre de l’organisation vient le chercher et l’amène dans un hôtel ou chez un médecin. Le prix de la pension est de 400 frs par jour. A partir de ce moment, les personnes n’ont plus le droit d’écrire à qui que ce soit, ni de voir personne … »

Ainsi apparaît le mécanisme du Dr Petiot : seul ou grâce à l’aide de rabatteurs, il entrait en relation avec ses victimes et leur offrait de leur procurer le moyen de quitter la France pour se rendre en Amérique du Sud. Il leur demandait une somme de 25 000 frs destinés à couvrir tous ses frais. Il leur conseillait de n’emporter que très peu de bagages, de se vêtir de linge ne portant aucune marque et de se munir de tout leur avoir. Puis il allait lui-même les chercher au domicile des rabatteurs ou bien il leur donnait une adresse où elles devaient venir seules. Si les proches s’inquiétaient, Petiot leur montrait des lettres prouvant que les personnes allaient bien !

Voilà le mobile : L’appât du gain d’un arriviste tueur en série au cœur d’une des périodes les plus troublées de France.

Comment Petiot tuait-il ses victimes ?

Une pièce secrète, triangulaire est découverte à proximité du cabinet de Petiot, avec un œilleton et un périscope lui permettant d’observer ses victimes mourir. Une fois l’argent des victimes récupéré, Petiot simule une arrivée de la gestapo ou de la police, cache la ou les personnes dans cette pièce et les enferme. Tout est prévu pour atténuer le bruit : double cloison, porte de cuir insonorisée, sans poignée à l’intérieur mais agrémenté d’une chaîne à l’extérieur. Une pièce de 2m² et un seul fauteuil scellé dans le sol. Sur le sol ni sang ni trace de lutte n’ont été retrouvé …

On sait que Petiot regardait ses victimes agoniser puis mourir. On a supposé qu’il leur faisait croire qu’il les vaccinait avec un vaccin conforme aux lois de l’immigration sud-américaine à effets retardés, inoculé par une piqûre articulée placée dans le fauteuil mais rien n’a jamais été trouvé. On a aussi supposé qu’il s’agissait d’un gaz mortel insufflé par l’œilleton mais une fente de 10 cm sous la porte aurait empêché l’asphyxie totale. En définitive, nous ne saurons jamais par quel moyen Petiot tuait ses victimes.

Une fois dépouillés, les cadavres étaient soit brûlés après avoir été laissés un temps dans de la chaux vive, soit disséqués et jetés dans la Seine. En effet, dans le courant des années 42, 43, 44 et même 45, il a été retrouvé dans le fleuve un certain nombre de cadavres, disséqués de la même manière que ceux découverts rue Lesueur et impossible à identifier. Le Dr Paul de l’Institut Médico-Légal pense à un confrère car une cicatrice sur les cuisses de certains cadavres atteste que, le temps d’une pause, ce dernier a du planté là son scalpel, comme font tous les médecins légistes ! Ce scalpel, on le saura plus tard, est celui de Petiot.

Arrestation

Le 11 mars 1944, jour de la macabre découverte, Petiot prend la fuite. En avril 44, les allemands donnent l’ordre de faire arrêter l’enquête contre lui. Il est arrêté par les français, 7 mois plus tard, à 10h45 le 31 octobre 1944 à la station de métro St Mandé (ligne 1) sous le nom de capitaine Valéry, officier de la sécurité militaire. Fouillé au corps, on trouve sur lui un revolver 6.35, 31 000 frs, une carte d’adhérent au Parti Communiste, une carte d’identité au nom de Valéry, une carte de milice patriotique et divers papiers à divers noms.

Le 2 novembre 1944, le juge d’instruction reprend l’enquête à zéro. Les interrogatoires s’enchaînent.

Le 3 mai 1945, les officiers de la sécurité militaire écoutent Petiot prétendre être le chef du groupe « Flytox » : un réseau fantôme dont on ne retrouve aucun membre ni aucune trace d’activité dans la résistance. Le rapport conclura : « Les réticences de l’inculpé, ses contradictions, son ignorance flagrante de l’organisation d’un réseau, ses nombreuses invraisemblances révélées dans ses déclarations, son habitude de n’invoquer que des compagnons morts, indiquent que Petiot n’a pu à aucun moment établir de contact sérieux avec une organisation de résistance. Flytox … Petiot s’amuse car Flytox n’est rien d’autre qu’un puissant insecticide … « pour faire taire les mouchards » dira Petiot.

Marcel Petiot, un enfant inquiétant et un médecin compréhensif

Né le 17 janvier 1897, le petit Marcel n’a que 3 ans lorsque l’on se rend compte qu’il est taciturne et renfermé. Il développe très tôt un instinct de destruction et une cruauté froide. Il exige de dormir avec le chat, si on lui refuse, il est pris de violentes convulsions. Il se réveille un jour le visage égratigné : il a étouffé le chat pendant la nuit ! Quand on lui demande pourquoi il a fait cela, il sourit et montre le cadavre comme un trophée. Quelques années plus tard, il crèvera les yeux d’oiseaux en les enfermant dans des cages et riant aux larmes. Petit garçon précoce et pervers, il sait lire et écrire à 7 ans comme un enfant de 10 ans. A 21 ans son comportement est si étrange qu’on pense à la soumettre à des examens psychiatriques. Il faudra attendre que Petiot ait 39 ans pour qu’il soit interné d’office au service des aliénés du 1er août 1936 au 20 février 1937 à la suite d’un vol de livre à la libraire Gibert, 30 Bd St Michel, le 4 avril 1936. Pris en flagrant délit il se livre à des violences sur l’agent et prend la fuite après avoir décliné son identité.

Extrait du dossier n°363831 du service des aliénés – Rapport du Dr Cellier – 22 juillet 1936 : « Marcel Petiot est atteint de troubles mentaux complexes caractérisés par les symptômes suivants : accès dépressif avec inertie, découragement, dégoût de l’existence, anxiété et sanglots. Déséquilibre psychique paraissant ancien avec instabilité. Etat tout à fait anormal. Le Dr Petiot est non seulement dangereux pour lui-même mais il peut être dangereux pour les autres étant donné sa profession.»

Avant ses 24 ans, Petiot écrit une thèse sur la maladie mentale de Landru, thèse qui sera jugée excellente par ses professeurs de médecine. Si il souhaite être chirurgien, c’est dit-il, pour pouvoir palper la chair meurtrie, étancher le sang et entendre gémir les mourants …

Son souhait est exhaussé : Marcel Petiot est enfin docteur. Il devient populaire et apprécié de tous. Le bon docteur Petiot soigne gratuitement dans les quartiers les plus pauvres. Il inspire à la fois la confiance et la crainte.

Marcel Petiot, un homme politique dynamique

L’intérêt guide Petiot en tout ! Il sait tourner en sa faveur le moindre incident et il est prêt à tout pour réussir. A Villeneuve-Sur-Yonne, Petiot est élu conseiller municipal en 1925 puis maire en juillet 1926 : Il est le candidat que toute la ville voit porter un énorme rouleau de fil de cuivre. Plus tard dans la soirée, il prononce son discours. Porte-parole de l’opposition c’est à lui de parler en 1er et d’ouvrir les débats mais à 21h45, au terme de sa conclusion, une panne de courant plonge la ville entière dans le noir. Fin de la réunion électorale, on a entendu que Petiot, il sera élu ! Le court-circuit provoqué chez lui a été si violent qu’il a mis le feu aux rideaux.

Affaire du Docteur Petiot

Le procès

Au lendemain de la Seconde Guerre, le procès de Petiot est aussi choquant et médiatique que celui de Landru au lendemain de la 1ière. Tout le monde se presse à ce procès qui ressemble à un joyeux spectacle malgré les crimes abominables. Les places se vendent chères au marché noir. Le 18 mars 1946, Petiot entre au tribunal théâtralement et en souriant, il est seul devant les 7 jurés. Maître Floriot, l’avocat défenseur des causes perdues ou délicates, a un dossier de 30 kilos. Les murs de la salle d’audience sont tapissés de 3 tonnes de pièces à conviction.

Pendant les 16 jours que vont durer le procès, Petiot reste imperturbable, au point parfois de s’endormir. Il avait prévenu les gardiens de la Santé que son procès serait « merveilleux » et « ferait rire tout le monde ». On l’accuse de 27 crimes mais lui en revendique 63 : « On me reproche 27 crimes mais pour qui me prend on ? Ces cadavres-là ne sont pas les miens. J’ai commis 63 exécutions, toutes de traitres à la patrie. Cela vous semble incroyable Mr le Procureur ? C’est que vous ne soupçonnez ni le courage ni le culot dont je suis capable.»

Petiot n’admet aucune question et évite d’apporter trop de précisions. Si on veut l’écouter, Petiot est satisfait. Si on le croit, il parle avec une certaine complaisance ; il s’ouvre s’il pense vous berner mais il se scandalise, s’irrite, devient insolent, si on met ses propos en doute.

Petiot avait pensé à tout mais les valises des victimes retrouvées dans un grenier sont amenées dans la salle d’audience. Le détail de leur contenu est longuement énuméré : 1041 pièces d’habillement, 48 écharpes, 35 ceintures, 79 robes, 311 mouchoirs, 42 chemises etc.

Au bout du 16ème jour, les jurés délibèrent 3h et rendent leur verdict : Coupable – Condamné à mort

25 mai 1946 : jour de l’exécution – 5h du matin. Selon des témoins, au moment où on conduisait Petiot hors de sa cellule, le juge paru sur le point de s’évanouir. Alors sur le ton de la plaisanterie, le condamné lui rappela qu’il était médecin et qu’il pouvait lui faire une piqûre pour le ranimer ! Puis il autorisera le prêtre à dire une prière, par égard pour son épouse et dira : « Messieurs, ne regardez pas, cela ne va pas être beau. » … à 5h05, le couperet vient de tomber … Marcel Petiot est mort, dit-on, avec le sourire.

 

Aujourd’hui plusieurs questions restent sans réponse :

Comment Petiot tuait-ils ses victimes ? Pourquoi ne pas avoir invoqué la folie lors du procès ?

Où est passé le butin équivalent à environ 50 000 euros ?

Après le procès, tout le monde a voulu se porter acquéreur du 21 rue Lesueur et ce afin de chercher le magot de Petiot. L’immeuble est démonté pierre par pierre en vain !

21-rue-lesueur-1945-mai-2016

Dernier mystère : À la fin des années 1990, les restes du carré des suppliciés du cimetière d’Ivry dont Marcel Petiot, ont été́ relevés sur «ordre de l’administration». Pourquoi ? Et pour aller où ? le mystère reste entier …

 

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