CULTURE, PORTRAITS
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« MAN RAY » // RENCONTRE AVEC L’ÉDITEUR BENJAMIN BLANCK

Sobrement baptisé « Man Ray », le livre de l’éditeur Benjamin Blanck est autant à mettre entre les mains d’un fin connaisseur de photographie, que celles d’un ado accro aux filtres Instagram.

Man Ray a beau être né en 1890 et s’être adonné à la photographie au siècle dernier, la plupart de ses clichés semblent dater d’aujourd’hui.

Son avant-gardisme dans le domaine de la publicité, son inventivité technique et ses similitudes avec le travail d’Andy Warhol troublent. C’est en partie cette qualité contemporaine qui a donné envie à Benjamin Blanck, jeune éditeur, de publier un livre de 67 photographies de l’artiste multidisciplinaire.

C’est à l’étage d’une brasserie parisienne feutrée, un soir de décembre pluvieux, que nous avons rencontré Benjamin Blanck. La voix douce et chaleureuse, il a commenté pour nous quatre photographies présentes dans son livre.

  1. Lee Miller, la couverture.
COUVERTURE DE « MAN RAY » BENJAMIN BLANCK EDITEUR

COUVERTURE DE « MAN RAY »
BENJAMIN BLANCK EDITEUR

 

« J’aime cette photo, parce qu’elle raconte une histoire. Celle d’une femme pleine de force et d’audace qui a été capable de traverser la planète pour une passion.

En 1930, Lee Miller est mannequin à New York. Un jour, elle décide de partir seule à Paris pour rencontrer Man Ray. À l’époque, elle ne parle pas un mot de français et ne connait pas l’artiste, mais ça ne la décourage pas. Déterminée, elle entreprend de le retrouver, avec en tête l’idée de devenir son élève. Lee Miller a 23 ans quand elle sonne à la porte de l’artiste, à Montparnasse. Man Ray, qui en a alors 40, n’est pas chez lui. Elle finit par le retrouver dans un café du quartier et lui explique qu’elle veut absolument devenir son assistante. Et c’est ce qu’elle deviendra, mais pas seulement.

J’ai choisi cette photo pour la couverture du livre parce que, même si elle a quasiment un siècle, elle m’apparaît être d’une modernité incroyable. On n’a pas du tout l’impression qu’elle date de 1930. C’est aussi pour faire ressortir cet aspect que j’ai choisi une maquette symétrique et minimaliste. »

  1. La photo sans appareil photo
MAN RAY | BENJAMIN BLANCK

© BENJAMIN BLANCK EDITEUR / MAN RAY TRUST / ADAGP / TEILLAGE

 

« Sûrement la découverte la plus importante de la carrière de Man Ray. Avec la rayographie, il a trouvé le moyen de photographier sans appareil.

Les photos sont faites grâce aux objets exposés à la lumière et placés sur du papier en chambre noire. Sans appareil, ces objets se sont imprimés et l’on peut reconnaître leur forme. L’image numéro 9, la première en partant de la gauche, est celle qui me parle le plus esthétiquement.

Cette série date du début des années 1920, et l’on voit qu’il tente déjà de sortir la photographie de son aspect documentaire, pour l’imposer comme un art grâce à l’expérimentation de nouvelles techniques, comme celle-là. Il a d’ailleurs dû se battre pour faire reconnaître la photo comme un art légitime. Ce n’était pas une évidence. Je pense même qu’il se considérait plus peintre, ou plasticien, que photographe. »

  1. Electricité, Warhol et Marketing
MAN RAY | BENJAMIN BLANCK

© BENJAMIN BLANCK EDITEUR / MAN RAY TRUST / ADAGP / TEILLAGE

 

« Cette série est l’intégralité d’un livre qu’il avait édité pour la compagnie parisienne d’électricité. Ma préférée, c’est « Le souffle ». Je trouve que c’est la plus réussie, on dirait que la photographie bouge.

Ces quatre photos font partie d’une sorte de portfolio publicitaire, commandé pour l’ancêtre d’EDF qui voulait offrir ce petit livre à ses clients et actionnaires. Man Ray avait choisi la rayographie pour promouvoir la consommation d’électricité, en montrant à quel point elle pouvait faciliter la vie des citoyens. D’où l’utilisation d’objets du quotidien : un grille-pain, un ventilateur…

Je ne sais pas si c’est conscient chez Andy Warhol, ou s’il s’en est inspiré, mais la notion de série et l’utilisation d’objets du quotidien dans l’art relie son travail à celui de Man Ray. Avec le recul, il est difficile de complétement dissocier les deux artistes. Ce qui m’amuse aussi, c’est d’entendre aujourd’hui parler de la soit disant révolution qu’est le marketing de contenu. En réalité, notre siècle n’a rien inventé, on faisait déjà ça dans les années 1930…»

  1. La retouche avant l’heure
MAN RAY | BENJAMIN BLANCK

© BENJAMIN BLANCK EDITEUR / MAN RAY TRUST / ADAGP / TEILLAGE

« Les contrastes me font penser naturellement à la photographie de mode ou de publicité.

Une des deux images a été faite pour la publicité d’un mascara et l’autre a été présentée comme œuvre d’art. En réalité, c’est exactement le même portrait d’une danseuse. C’est simplement en recadrant l’image sur un seul œil, que Man Ray a obtenu un résultat différent.

C’est à ces deux photographies que l’on comprend que Man Ray était un pionnier dans la modification d’images. À la fin de sa carrière, il a aussi fait de la photographie en couleur. Il était tellement en avance sur son temps, qu’il devait même être frustré de ne pas avoir la technologie qui lui aurait fallu pour faire tout ce qu’il voulait faire. J’imagine que, lorsqu’il faisait ses petits films par exemple, il devait se sentir limité.»

Une exposition, plus qu’un livre

L’éditeur a choisi de réaliser un objet élégant au format généreux mais au prix raisonnable. Pas par démagogie, mais dans l’espoir de faire découvrir Man Ray au plus grand nombre.

C’est pour la même raison qu’il y a très peu de texte pour décrire les photographies sélectionnées. Il ne voulait surtout pas intimider l’amateur novice avec des descriptions sophistiquées étalées sur plusieurs pages.

En parcourant le livre, on a davantage l’impression de visiter une exposition. Le résultat est un ouvrage abordable à tous les niveaux.

Benjamin Blanck // Le site // Le Facebook

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