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ON Y ÉTAIT // LA 44ÈME ÉDITION DU FESTIVAL DU FILM DE LA ROCHELLE

Depuis 44 ans, le Festival international du film de la Rochelle se tient au début du mois de juillet. La saison timidement estivale de cette année est propice au plaisir de la salle noire. Arrivés dimanche matin, nous sommes repartis mercredi soir. Juste le temps de ne pas en avoir assez.

Croiser Frédérick Wiseman et Nicolas Philibert qui partagent un café ou Agnès Varda qui regarde le match France-Islande en terrasse d’un troquet du vieux port, c’est ça le Festival du film international de La Rochelle. Un rendez-vous cinéphile chaleureux. Sans prétention ni tapis rouge.

Affiche FIFLR16

Pas de favoritisme

Le Festival est chapeauté par Prune Engler, Sylvie Pras et Sophie Mirouze, à qui l’on doit une programmation aussi exigeante et géographiquement diversifiée que plaisante.

Trois hommages : Frederick Wiseman, Alain Guiraudie et Barbet Schroeder, tous présents sur place pour des rencontres avec le public. Mais aussi, des réalisatrices turques, des classiques incontournables, des rétrospectives délicieuses, des films inédits du monde entier et des séances pour enfants.

C’est dimanche et le festival a commencé depuis trois jours. Planning à la main, les festivaliers se baladent dans la vieille ville en faisant l’inventaire des films qu’ils ont vu et de ceux qu’ils se promettent de voir.

Chaque film a beau être présenté trois fois, il est difficile de ne rien louper. Il faut se lever tôt pour profiter des films à La Rochelle. Tout le monde y est logé à la même enseigne. Journalistes, invités et festivaliers font tous la queue (souvent très longue) ensemble, sans favoritisme, pour savourer restaurations et avant-premières.

Tout pour Toni Erdmann

La salle Olympia, plus de 300 places, est obligée de refuser des dizaines de personnes à quasiment chaque séance. Les salles plus petites – baptisée Dragon, de 1 à 5 – ont des files d’attentes dignes d’un jour de sortie d’un nouveau produit Apple. Plus impressionnant encore, la salle de la Coursive (1000 places) est toujours bien remplie.

Pour ne pas louper l’avant-première de Toni Erdmann, film de Maren Ade reparti de Cannes sous les applaudissements, les vacanciers se sont levés de bonne heure. Certains font déjà la queue deux heures avant le début de la séance. Il faut jouer des coudes et souvent courir de salle en salle, tant les cinéphiles sont nombreux.

Même les pré-ados sont prêts à mordre pour voir des classiques. Dans la queue pour Zéro de conduite, court métrage de Jean Vigo sorti en 1933, un enfant d’une dizaine d’année s’insurge car on aurait voulu « lui piquer sa place ». Sans rancune, il a finalement atterri à côté de nous pendant la séance.

De Frederick Wiseman à Agnès Varda en courant

Quand bien même vous auriez la vitesse de course de Merlene Ottey, impossible de tout voir. La frustration semble d’ailleurs être l’unique mal de ce rendez-vous culturel où se mélange aisément professionnels et amateurs.

Comment choisir entre le Ken Loach et le Brillante Mendoza ? Faut-il oublier le foot pour profiter de Motherland de Senem Tüzen ou encore louper son train pour voir une dernière fois L’Argent de la vieille de Luigi Comencini ? Faut-il partir avant la fin de la rencontre avec Fréderick Wiseman pour revoir avec délice un Cléo de 5 à 7 totalement restauré et présenté par Agnès Varda et Michel Legrand ?

Pour le dernier dilemme, c’est ce que nous avons fait. Non sans une certaine difficulté – tout en esprit et en nuance, le documentaliste a su captiver jusqu’à ceux qui sont étrangers à son cinéma – mais sans aucun regret. Voir la réalisatrice et son compositeur en duo presque improvisé après le délectable Cléo de 5 à 7 est plus que précieux.

Comme les amis de longue date qu’ils sont, le film d’Agnès Varda a été tourné il y a 55 ans, ils se sont mis à interpréter avec émotion la bande son de la vie de Cléo. Lui au piano, elle entre chant et récitation. Un délice.

« C’est possible le télétravail depuis La Rochelle ? »

Dans le préau de l’école qui jouxte la Coursive – salles de spectacle et centre culturel réquisitionnée pour le festival – des bénévoles étudiantes en cinéma, en journalisme et en arts appliqués proposent du thé glacé aux festivaliers qui en profitent pour faire une pause transat. Quand on ne flâne pas, on mange. Le sport local : s’enfiler une crêpe au Nutella ou une barquette de frites entre deux séances. L’ambiance est douce, simple et passionnée.

Le soir tombé, pas de nœud papillon ni de soirée privée, mais des rencontres en toute sobriété. L’occasion de croiser l’italien Gianfranco Rosi, qui présentait son documentaire sur les migrants « Fuocoammare », ours d’or du meilleur film de la Berlinale ou d’aller boire un verre de vin naturel en compagnie de Michel la Veaux, réalisateur québécois de Hôtel la Louisiane.

Dur de rentrer dans ces conditions. On aurait évidemment adoré rester jusqu’au dernier jour, le 10 juillet. Visiblement comme beaucoup d’autres, qui se laisseraient bien tenter : « Il n’y a pas une petite grève de prévu demain ? » ; « C’est possible de faire du télétravail depuis La Rochelle ? ».

Barbara Krief

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