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PORTRAIT // MAATEA, PHOTOGRAPHE AU TALENT BRUT

Maatea est graphiste, voyageuse et solaire. Celle qui a toujours l’impression de ne pas aller assez vite s’est (enfin) posée quelques minutes pour répondre à nos questions. Ses photos se rapprochent plus du carnet de voyage d’une parisienne que d’un travail réfléchis pendant des heures. Car chez Maatea, ce qui frappe, c’est sa capacité à tout vivre, fort, insouciamment, violemment, sans retenue. Il n’y qu’en voyage qu’elle se laisse le temps de poser son regard et d’analyser ce monde qui l’entoure. Car comme elle le dit si bien : « Je ne fais pas de photos de gens en soirée car je suis trop épicurienne pour entrer dans la contemplation ».

MAATEA

Quel est ton parcours par rapport à la photo ?
J’ai d’abord commencé par faire de l’art plastique. Je me suis demandé à l’époque comment dire des choses à travers l’art. Puis ensuite je me suis retrouvée dans une école de communication, ce qui m’a appris à me demander comment je pouvais raconter des choses à travers des images plus spécifiquement.
Comme je suis quelqu’un d’assez curieux j’ai beaucoup voyagé et au fil de ces voyages je me suis servi de ce qu’on m’avait appris à l’école (avec les appareils photo, au travers du dessin…) pour capter l’image. C’est comme ça que je me suis mise à faire de la photo finalement, en voyageant avec mes appareils.

Est ce que tu as l’habitude de montrer ces photos, d’exposer ?
J’ai beaucoup produit de photographies mais finalement je me suis très peu servi de ce que j’ai fait en photographie. Tout ce que j’ai pu réaliser, je le mets surtout au service de mon métier, la communication graphique.

Ton premier appareil photo, qui te l’a offert ?
J’ai commencé avec du jetable parce que je n’avais vraiment pas de prétention à faire de la photo, je voulais juste capter des moments. Comme j’ai une mémoire assez bancale, ça m’a permis de me souvenir de beaucoup de moments. Mon copain de l’époque m’a ensuite offert un petit boitier argentique, un FM2 si je me souviens bien. J’ai découvert les contraintes de l’argentique, ne serait-ce que par rapport au poids de l’appareil.
Quand on part en road-trip avec trois kilos sous le bras c’est contraignant au bout d’un moment. Mais j’ai beaucoup pratiqué car j’étais fascinée par ces moments où je faisais une photo et celui où je la développais. L’instant où tu vois sur papier le rendu de ton travail est super excitant. J’adore attendre de savoir ce qui a pu se passer sur 36 poses que j’ai pu capturer sur une semaine de voyage. La première fois où j’ai vraiment beaucoup développé, c’était lorsque j’étais à NYC, il y a six ans. Et puis, avec toutes les contraintes du poids de l’appareil, du prix des développements de pellicules et aussi techniques, j’ai décidé de passer au numérique. Cela m’a aussi permis d’assouvir mon envie d’essayer la vidéo. Je fais de la photographie véritablement par curiosité, pour tous ces aspects aspects techniques.

 

La photo est liée au voyage, ça veut dire qu’à Paris tu ne fais pas de photos ?
C’est vrai, j’en fais peu au quotidien. C’est d’ailleurs ce que j’ai cherché à dépasser dans cette exposition. Quand je suis à Paris, je prends mon appareil pour me promener, comme si j’étais en touriste, comme à mes débuts. En faisant ça, j’ai eu beaucoup de nostalgie car comme je suis née à Paris, je ne découvrirais pas cette ville pour la première fois, jamais… J’ai voulu regarder Paris avec un regard naïf. Je ne fais pas de photos de gens en soirée car je suis trop épicurienne pour entrer dans la contemplation. Je mange, je dévore, mais en soirée lorsque je suis avec les gens j’entre dans un vrai rapport social.
J’ai un réel rapport non pas à la nature mais à la vie en société. C’est ça ma nature à moi, du coup je fais peu de photos de gens.

 

Tu peux nous expliquer le format si particulier de tes photos ?
Quand je fais de la photo, je ne retouche ni ne recadre rien. C’est pour ça que je travaille le triptyque. C’est comme si je me retournai d’un coup et que je captai ce que je voyais. Pour moi, une bonne photo n’est pas une photo avec une parfaite focale ou avec une belle lumière, c’est plutôt une photo qui représente un moment et ce que j’ai ressenti réellement.

Est-ce que quand tu fais des photos en voyage tu as le regard de la parisienne  ?
Tu te sens parisienne ?

Je me sens complétement parisienne et j’ai vachement assumé ça. Quand on est  voyageur on est vraiment associé à l’endroit d’où on vient. En plus, être Parisien à l’étranger c’est le fantasme de tout le monde, les gens adorent ça. C’est une vraie ouverture de communication avec eux. Une fois que tu l’as dit, non seulement que tu es française mais que tu es parisienne, je pense que quelque chose se fait avec les autres quasi systématiquement. Mais ça c’est personnel, car dans mon travail de photo je ne me vois pas en tant que parisienne. Par contre, je suis ultra « égo » dans mon travail d’artiste, je me vois moi à travers mes photos. Donc est-ce que le fait que je sois
parisienne fait que j’en ai le regard, je ne sais pas, mais en tout cas je vois ma personnalité dans ce que je capte, c’est sûr.

Si tu as fait beaucoup d’argentique, tu as donc des caisses de photos, tu les classes ?
À l’occasion de cette expo, j’ai remis le nez dans mon travail passé et je me suis rendu compte que je suis beaucoup plus organisée que je ne pensais. Il y avait de petites notes un peu partout sur mes négatifs. Je trie mais c’est très hippie. Dans mon travail de graphiste, j’aime passer du réel au numérique, je travaille sur ordinateur, donc j’ai scanné l’intégralité de mes photos. Du coup, j’ai une vraie mémoire de ce que j’ai en banque, je sais ce que j’ai et où je vais.

Qu’est ce que tu n’aimes pas dans la photo ?
Qu’il y ait un intermédiaire entre ce qu’on voit et ce qu’on capture. Ce que je n’aime pas, paradoxalement c’est l’appareil photo en fait. En vrai j’adore mes appareils car je suis obligée de les appréhender et de les aimer pour avoir la photo que je veux, mais c’est un peu la petite bête. J’aimerais que ce que j’ai en tête soit capté tel quel.

Et ce que tu adores ?
Revoir mes photos car ça me refait voyager. Le moment que j’adore et c’est plus personnel, c’est montrer mes photos à ma mère. Elle voit mes photos, va sur mon blog, elle voyage avec ce que je lui raconte car chaque photo raconte quelque chose. Je pourrais passer des heures à lui parler de chaque cliché. Je raconte beaucoup les histoires de ce qu’il s’est passé dans certaines scènes. J’ai peu de portraits, je capture plutôt des espaces dans lesquels il peut se passer des choses.

Tu penses que la photo va rester en retrait dans ton travail ou au contraire tu vas le développer encore plus ?

Je laisse la place aux photographes pour faire de la photo quelque chose qui peut ramener de l’argent ou être une profession. Moi je me laisse pour l’instant cette activité qui est plus un plaisir de voyage. Cela fait partie des choses que j’aime pratiquer dans un moment de repos, dans une production autre que celle du travail. Je ne fais pas de la photo un travail, même si pour la première fois j’ai beaucoup travaillé sur cette exposition.
Comment as-tu conçu cette exposition ?
Il n’était pas question véritablement de montrer mes photos, je me suis plutôt demandé comment les mettre en scène. J’ai beaucoup travaillé sur cette question. Ça se rapproche plus du travail d’édition, donc de mon travail de graphiste, plus que de celui d’un véritable photographe. Je n’ai pas cette prétention de me dire qu’en montrant une de mes photographies les gens pourront se projeter dans ma tête. Selon moi, seuls les vrais photographes arrivent à faire cela.

C’est quoi ta chanson du moment ?
J’écoute pas « une » chanson, j’écoute des albums. Mon album du moment c’est le dernier de Glass Animals .Ça va me durer trois mois, je vais l’écouter tous les jours au minimum une fois par jour, ça devient presque maladif.

Quel est le lieu qui t’apaise ?
En ce moment c’est le bureau, vu que je travaille énormément. Je suis vraiment heureuse d’être dans un moment de rush de travail, ici.  Ça a été un bon choix dans ma carrière et je réalise combien c’est important d’avoir un bon lieu de travail avec un rythme comme le nôtre (ndlr : Maatea partage les mêmes bureaux que Balthazare, c’est notre graphiste ! ).
Ton alcool préféré ?
Ça dépend de ce que je fais, mais je dirais un bon vin.

Ta drogue ?
De temps en temps j’apprécie de fumer un petit pétard…

Ton lieu pour sortir à Paris ?
Je te suis, j’écoute Balthazare. Quand j’ai envie de sortir, c’est à toi que je demande une adresse !

MAATEA

T’as une devise ?
Je suis fière d’une chose, et je sais que mon père en est fier aussi : c’est d’être restée fidèle à mes valeurs. Je suis active sur mon idéologie.

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