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PORTRAIT // RENCONTRE AVEC MISSY NESS // FEMME DJ ENGAGÉE

Le 18 décembre dernier, lors de l’événement organisé par le BAAM (Bureau d’Aide et d’Assistance aux Migrants) au Riviera, une personne m’attrape par le bras en m’offrant son plus beau sourire. C’est Inès.

Nous nous connaissons depuis le lycée Autogéré de Paris où nous avons étudié ensemble.
Je me rappelle très bien d’elle, elle faisait de la danse orientale, était très engagée politiquement, adorait la musique et avait un rire super communicatif. Et rien n’a changé !

Elle est là ce soir là car elle fait son métier : elle est DJ.

Son set mélangeant musique orientale et hip-hop fera d’ailleurs danser tout le monde. Elle avait demandé préalablement aux migrants de lui communiquer leurs chansons préférées qu’elle a ensuite mixées avec de l’electro, entre autres. Quel moment magique de voir tout le monde en transe et chanter ensemble. Un instant de grâce dans un bar de la rue Oberkampf, où la frontière entre migrants et parisiens n’existait plus. Un peu d’humanité. Enfin.

À la suite de cette soirée, nous nous sommes revues et il est devenu plus qu’évident que je parlerais d’elle et de son travail qui me touche.

Inès est une femme franco tunisienne, qui fait de la musique et est engagée pour les causes qui lui tiennent à cœur.
Elle jouera samedi soir à la Gaité Lyrique lors de la soirée des « Lanceuses d’alertes » avec SkyWalker, Deena Abdelwahed et Nur. Toutes des femmes Dj du Moyen Orient.
Cette soirée est organisée en parallèle du festival les « Lanceurs d’Alerte ».

Rencontre avec Inès aka Missy Ness

Inès, peux-tu nous raconter ton parcours ?

Mes parents sont des dissidents politiques tunisiens, ils ont émigré en France. Je suis née et j’ai toujours vécu à Paris dans le XVIIIème. J’ai eu une scolarité assez difficile car je n’aimais pas beaucoup cette autorité sans raison. Je suis passée par le lycée Autogéré où j’ai eu mon bac. C’est surtout là que j’ai découvert la musique et la danse. Après mon diplôme, j’ai fait un stage en régie au club le Triptyque (qui est devenu le Salo aujourd’hui). J’ai donc commencé à mixer de la Drum’n’bass et de la Jungle.

À 19 ans j’ai eu envie de mieux connaître mon pays, la Tunisie. J’ai eu la chance de tout de suite rencontrer beaucoup d’artistes de la culture alternative du grand Tunis. Des rappeurs comme Madou MC et Weld El 15, Klandestina le groupe de reggae ou encore Mister Kaz.

En 2007, j’ai découvert la musique de Ramallah l’Underground,, qui a changé ma vie. Leur travail consiste à emprunter la musique classique & folklorique arabe pour l’intégrer à leur propres sons.

C’est intéressant, car dans tout le Moyen-Orient, nous parlons la même langue, ce qui veut dire que notre histoire culturelle est très partagée et comprise par beaucoup de gens.

Tu te sens Tunisienne, Française ou Arabe ?

Je me sens femme avant tout. Je me définis plus par mon genre que par mon ethnie.

Alors, ça fait quoi d’être une femme dans le milieu de la musique, du hip hop et être une Dj qui mixe dans le monde arabe ?

(Rires) Ça fait la même chose que d’être une femme ailleurs. Tu dois prouver aux hommes que tu as ta place dans ce milieu. Mais ça ne me fait pas peur. Il y a bientôt 10 ans que je fais de la musique, et j’ai confiance en mon travail.

Au départ, mon parcours, mon genre et ma musique attisaient la curiosité, donc ça peut même avoir des effets positifs. Mais si on ne s’intéresse à moi que parce que je suis une femme arabe et Dj sans porter d’intérêt à mon propos musical, ça peut devenir très frustrant. Mais c’est plutôt rare, heureusement !

Comment as-tu vécu le printemps arabe ? Ça a changé des choses pour toi professionnellement et/ou personnellement ?

Ça a tout changé ! Je viens d’une famille d’opposants politiques, mon père a fait de la prison pour ses idées. Lors des évènements, j’étais en France mais je participais à toutes les manifestations, nous étions tous très connectés avec la Tunisie.

Le 14 janvier 2011, le jour de la chute de Ben Ali, j’étais avec mes parents. Lorsque ça a été officiel, nous sommes tous tombés dans les bras les uns des autres en pleurant. Pour mes parents et leurs amis, c’est l’attente d’une vie. Nous étions tous tellement unis, tellement heureux. Je ne pourrai jamais oublier cet instant.

Très vite après, je suis repartie en Tunisie et j’ai pu assister aux premières élections libres du pays. Les gens faisaient la queue pendant des heures sous un soleil de plomb. Personne n’aurait raté la chance de s’exprimer.

Aujourd’hui, il y a une vraie liberté d’expression et un réel échiquier politique ; même si je ne l’apprécie pas, il a le mérite d’exister. Le processus pour arriver à la démocratie est long mais il est lancé. C’est un début.

Cela a aussi mis en lumière les artistes du Moyen-orient dont personne ne s’occupait avant. Mais c’est très dur de vivre de son art en Tunisie, car il n’y a pas de marché de l’art, de maison de disques…

Je joue d’ailleurs peu là bas alors que j’ai eu la chance de mixer à Londres, en Jordanie, en Palestine, à Stockholm et en Egypte où j’ai rencontré des artistes avec qui je travaille aujourd’hui.

La rencontre avec le Moyen-orient a changé ma musique, a changé ma vie.

Peux-tu me parler de ton engagement auprès des migrants ?

C’est un engagement humain. Je ne fais partie d’aucune association, aucun parti politique. Je suis juste une citoyenne qui, comme beaucoup de citoyens, est choquée par la façon dont sont traités les migrants qui arrivent en France pour fuir une mort certaine. Le camp de Pajol était juste en bas de chez moi, je ne pouvais pas passer tous les jours devant eux sans leur parler, les écouter, les aider. Mais beaucoup de gens sont comme moi et heureusement. Ça me redonne foi en l’humanité.

C’est d’ailleurs spontanément que j’ai organisé le premier événement « In Transit ».

Raconte nous.

Il y avait beaucoup de soudanais dans ce camp et j’ai commencé à organiser des animations musicales. C’était léger et la musique, ça réduit les gens, il n’y a pas besoin de parler la même langue. En Palestine, j’avais rencontré N’Soura, une chanteuse soudanaise très populaire qui vit maintenant à New-York. Je l’ai contactée et nous avons organisé un concert pour eux. Ça a été la folie, il y a eu plus de 700 personnes, les gens étaient tellement heureux … J’ai même mis toute ma famille à contribution. Depuis nous continuons avec des projections et des concerts.

C’est une occasion pour tout le monde de se rencontrer et d’amener un peu de légèreté, la période est difficile mais si nous nous préoccupons un peu les uns des autres, ça va bien se passer. J’y crois.

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