PORTRAITS
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RENCONTRE AVEC ELODIE NAMER LA RÉALISATRICE DU TOURNOI.

Elodie Namer, est scénariste pour la télévision depuis 7 ans. Derrière son visage angélique se cache une jeune femme, solide, déterminée, talentueuse qui vient de réaliser son premier film « Le tournoi ».
En passant pour la première fois derrière la caméra elle nous entraine dans un milieu méconnu du grand public, les tournois d’échec et le résultat sont époustouflants de maitrise et de sincérité.

Elle remporte avec son scénario le concours organisé tous les ans par l’école de cinéma La femis pour intégrer l’atelier scénario. A l’issu duquel plusieurs producteurs souhaitent la rencontrer pour parler de son projet. C’est finalement Lola Gans qui la produira , elle a su convaincre Elodie par sa ténacité et sa compréhension du script.

Aucun détail n’est laissé au hasard. Les comédiens s’entraineront quotidiennement aux échecs et à la boxe pendant des mois. Toutes les parties d’échecs du film ont été composées par des Grands Maitres et apprises par coeur par les comédiens …

Nous nous sommes rencontrées chez elle entre sa tournée province et son départ à Los Angeles, où elle part présenter son film au COLCOA, festival de film français à Los Angeles.
Assises en tailleur dans un rayon de soleil elle m’a raconté l’histoire de son film et un peu son histoire aussi forcément.
Sincère, solide, entière, heureuse, voilà la jeune réalisatrice que j’ai pu découvrir.

Elodie, ton film sort dans quelques jours, comment en es tu arrivée là ?
Je suis scénariste pour la télévision mais je n’avais encore jamais écrit de projet personnel. Je trouve que c’est un métier tellement long à apprendre que je voulais attendre pour avoir un peu d’expérience.
Mais la rencontre avec des joueurs d’échec a tout bouleversé, j’ai été si attirée par ce milieu que j’ai tout de suite voulu en faire un film.
Pour écrire un long métrage il faut être prêt à y passer 5 ans et donc il faut être sacrément passionné… Un projet de film c’est comme un couple, il faut être vraiment amoureuse de ton sujet pour pouvoir traverser les crises, sinon tu ne tiens pas.
Quand j’ai découvert le milieu des joueurs d’échecs, leur mode de fonctionnement, les thématiques que je pouvais développer … J’ai su que j’étais amoureuse ! Je me suis lancée !

Mais comment tu as rencontré ces joueurs ?
Par hasard. J’ai rencontré des gens à qui j’ai demandé ce qu’ils faisaient ils m’ont dit : « on joue ». J’ai trouvé ça dingue. J’imaginais que les échecs c’était chiant avec des gens chiants et j’ai découvert des guerriers, un sport mental intense, des combattants, d’une intelligence fascinante.
Et j’ai découvert une tribu très solidaire, nomade qui ont leur propre langage, leurs propres codes … ils n’ont pas de patrons pas d’horaires, parfois même pas d’appart ….
C’était un terrain vierge, qui n’avait pas été exploré au cinéma. J’ai pris ça comme un cadeau.

Alors je me suis enfermée chez moi pendant 6 mois et j’ai appris à jouer, sur internet, puis en club … là j’ai pu faire la connaissance de grands maîtres. Ils ont été touchés par ma démarche et m’ont laissé pénétrer dans leur milieu. Pendant plus d’un an je les ai suivis partout dans les tournois et j’ai écrit.

Quels ont été tes inspirations visuels ?
Tous les films de sport bien sûr, mais surtout « La fureur de vivre » avec James Dean, pour le passage de l’enfance à l’age adulte. Toute la filmographie de David Lynch. «  »Eyes wide shut » de Stanley Kubrick pour cette atmosphère envoûtante et confinée.

C’est ton premier film mais c’était une première fois pour beaucoup aussi ….
Oui c’était le premier film de Michelangelo Passaniti, l’acteur principal. De Viktoria Kozlova qui joue Andrea, d’Adam Corbier qui joue Max mais aussi d’Aurélien Libiszewski qui est joueur d’échec … Mais c’était une première expérience aussi pour le compositeur de la musique du film et un des monteurs.
Nous étions une équipe de jeunes, j’ai vraiment beaucoup de chance d’avoir travailler avec eux et j’aimerais refaire un film demain pour retrouver cette équipe. Mais je veux trouver un sujet aussi fort que pour celui là alors ça attendra.

Comment s’est passé le tournage ?
Intense ! Nous avons tourné en 29 jours, ce qui est très court. Que ce soit pour la technique ou le jeu des acteurs tout a été préparé en amont. Les acteurs ont appris les échecs pendant des mois, ont fait de la boxe… Tout le monde a été extrêmement impliqué et généreux sur ce film.

C’était quoi ta drogue pour tenir le coup ?
Je n’en n’avais pas mais j’étais obsédée par le sommeil, le fait de pouvoir me reposer pour être opérationnelle tout le temps. Et moi aussi je me suis entrainée avant le tournage pour tenir le choc ; j’ai arrêter de fumer, j’ai fais du sport quotidiennement, j’ai mangé sain, j’ai dormi. Je n’avais pas le droit à l’erreur. Malgré tout ça, c’était dur physiquement mais j’ai tenue.
Et aussi le weekend je regardais la série True Détective pour débrancher.

T’avais une devise ?

 » les guerriers ne sont pas ceux qui gagnent toujours mais ceux qui se battent toujours »

Quel est ton meilleur souvenir autours de ce projet ?
C’était le dernier jour de tournage, nous avions tourné toute la nuit la scène de la fête dans la piscine. A 5h du matin on s’est retrouvés, toute l’équipe à regarder le soleil se lever sur le Danube depuis un balcon. La pression est retombée, on était heureux, on pleurait, on se serrait dans les bras… C’était vraiment fort.

Un très mauvais souvenir ?
Non. Mais la période de l’avant sortie d’un film c’est très dur car tu es confrontée à toute la violence du système: avec 15 à 20 films qui sortent par semaine, pour exister c’est la guerre. Si le film ne fait pas d’entrées tout de suite il ne restera pas à l’affiche. C’est donc c’est 4 ans de ta vie qui peuvent disparaître en un instant. C’est un stress abominable. Mais la période de création est tellement intense, euphorisante et enrichissante que j’accepte de payer ce prix-là.

Tu as des regrets ?
Non. J’ai fais le film que je rêvais de faire. Je suis très heureuse.

LE TOURNOI d’Élodie Namer avec Michelangelo Passaniti, Lou De Laâge …
En salle le 29 avril.

2 Comments

  1. SEGURA says

    Bravo Elodie pour ce film qui traite de ma passion les échecs et qui sort aussi des sentiers battus.

    Un champion qui se croit d’abord invincible, qui ensuite est en proie aux doutes et qui à la fin retrouve foi en lui-même.

    Ce film démontre qu’il ne suffit pas d’avoir un bon prof aux échecs et d’étudier des parties d’échecs du matin au soir. Pour être fort dans un domaine, il faut trouver la foi et avoir une confiance inébranlable en soi-même.

    Sincères félicitations Elodie !!!

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