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RÉVÉLER MAYA // RENCONTRE AVEC LA PHOTOGRAPHE MAYA INÈS-TOUAM

Derrière son apparence frêle et branchée se cache une jeune femme de 26 ans avec un caractère bien trempé et une détermination à toute épreuve. Comment cette jeune femme qui se destinait à la direction artistique d’ouvrages d’arts se retrouve aujourd’hui photographe spécialisée dans la femme au cœur du monde musulman ?

J’ai vu son travail lors de l’exposition Charlie Hexpo à la Galerie 28bis, une série de photos collées au mur. «Révéler Marianne », un démarche pour contrer les préjugés et montrer que la femme arabo-musulmane est comme toutes les femmes du monde : multiple, unique et singulière. Un message de paix féminin et engagé mais pas forcément féministe.
Je l’ai rencontré dans son atelier du 20ème, un matin de janvier autours d’un café et de sa voix rauque et enjouée. Elle m’a raconté un peu sa vie et beaucoup de ses envies.

Maya est née dans une famille algérienne à Paris. Ses parents sont tous les deux médecins et c’est au sein d’une fratrie heureuse et unie qu’ils l’ont élevé. Un cocon douillet qui lui permet aujourd’hui de se mettre en danger dans son travail tout en se sachant protégée par son clan.

Elle choisie les Beaux Arts, « une école théoricienne qui m’a appris à penser ». Une école qu’elle affectionne toujours et où elle retourne souvent pour se nourrir et retrouver une énergie créatrice.
Et se prédestine à une carrière de Directrice Artistique car elle aime les livres et mettre en place des idées au service de l’art, mais son cœur la pousse vers autre thématique, quelque chose de plus personnel, plus intime et certainement plus difficile.

Son premier déclic est sa grand-mère, l’image de cette femme la pousse à faire son mémoire sur la femme musulmane dans l’art contemporain. C’est grâce à cela qu’elle découvre les femmes qui ont étudié ce sujet avant elle. Parmi lesquelles Lalla Essaydi, Majida Khattari ou encore Shadafarin Ghadirian.
Son voyage au Liban la conforte dans son choix. Elle y commence son oeuvre photographique et ne s’arrête plus. Moyen Orient, Proche Orient, Maghreb, elle part à la rencontre de ces femmes pour connaître leurs vies, leurs peurs, leurs amours.
Et depuis ce moment c’est un devoir qu’elle se fait de parler de la femme dans le monde musulman, quitte à mettre de côté sa vie privée, voire même son corps. Elle décide de se mettre au service de son art.

La force de Maya, c’est qu’elle ne parle pas dans le vide. Elle a bien saisi les codes de sa génération et se distingue sur tous les fronts.
Subventions, expositions, résidences, elle se positionne partout, toujours entourée d’une équipe de choc, dont Thomas Echegut, son binôme rencontré aux Beaux-Arts. C’est avec sa force qu’elle part à la découverte des femmes.

Parcourir seule l’Algérie pendant un mois pour son travail sur l’histoire du voile ne lui a pas fait peur mais son corps en a souffert ; le doute, la fatigue, la lutte… Mais ce projet l’a d’autant plus consolidé dans son envie de donner la parole à des femmes qui ne la prennent pas forcément d’elles mêmes.

Ces questions elle se les pose ici mais part chercher ailleurs les réponses, « il y a autant de raisons de porter le voile que de femmes différentes  ». Voilà la réponse qu’elle donne aux gens qui stigmatisent le port du voile en France.

Elle qui voulait parler de la Femme dans le monde Arabe a été obligé de se rendre à l’évidence : elle devait absolument connaître la religion Musulmane, qui n’est pas la sienne. Elle en a les traditions mais pas les convictions. Malgré tout, elle ne rejette aucune possibilité et ose se dire pourquoi pas ?

Sa peur ? Perdre du temps, elle a trop de choses à dire !
Sa joie ? Se rendre compte qu’elle est sur la bonne voie, qu’il y a du répondant à son travail.
Ses lieux ? Les Beaux-Arts, l’Institut du Monde Arabe, Le Musée des Arts de l’Islam, Le Louvre.

Maya sera en  résidence à Casablanca mi Avril pour réaliser sa prochaine installation qui sera exposé lors de la grande exposition dédié à l’art contemporain d’afrique  » ARKANE-AFRIQUE » du 5 au 12 Mai 2015.

Elle partira aux Etats Unis pour préparer future exposition  » Réveler l’étoffe » à New York puis Los Angeles.

Pour voir son travail : http://cargocollective.com/maya-inesTouam

ENGLISH VERSION

Behind the frail and hip silhouette hides an opinionated and determined 26 year old.
How did this young woman, destined to work as an art book AD ended up as a photographer of women in the muslim world?

I came across her work at the Charlie Hexpo exhibit at the Galerie 28bis, a series of photo, glued to the wall. «Révéler Marianne », an initiative to fight prejudice and show that the arabo-muslim woman is just like any woman in the world : multifaceted, unique and rare. A peace message, feminine and polotical, but not necessarily feminist.

I met her in her studio in the 20th arrondissement, one january morning, over coffee and wrapped in her deep yet cheerful voice. She told me a bit about her life and a lot about her desires.

Maya was born in an algerian family in Paris. Both her parents are doctors and she was raised with a happy and united bunch of siblings. A warm cocoon that allows her to take risks today, as she knows her clan has her back.
She chooses to go to Beaux Arts, a “school focused on theory who thought (her) to think”. A school that she still holds dear in her heart and where she often goes back to feed herself with renewed creative energy.

Follows a path towards a career as a publishing AD, as she loves books and push forward ideas in support of art, but her heart pulls her towards another topic, something more personal, intimate and definitely harder.

The first thing that triggers this change is her grandmother. The image of this woman leads her to write her thesis on the muslim woman in contemporary art. And through this work, she discovers the women who trailblazed that topic. Including Lalla Essaydi, Majida Khattari or Shadafarin Ghadirian.
The trip she makes to Lebanon is strenghten her decision. There, she will start the photographic work she will never stop. Near East, Middle East, the Maghreb, she travels to reach those women and discover their lives, fears, loves.

Since then, she felt her duty was to talk about the position of women in the muslim world, even if it means putting her private life on the side, even her own body. She decides to give herself to her art.
Maya’s strength is that she doesn’t speak just for the sake of it. She understood very well the codes of her generation et distinguishes herself on all levels.
Grants, exhibits, residencies, she is everywhere and always surrounded by her A-team, which includes Thomas Echegut, whom she met at the Beaux-Arts.

She wasn’t afraid to travel on her own through Algeria for a month to work on the history of the veil but her body suffered ; doubt, exhaustion, struggle… But this project strengthen her desire to give a voice to those women who don’t necessarily use theirs naturally.

She asks herself questions here, and go find answers there: “There is just as much reasons to wear the veil as there is women”. Here’s her answer when people stigmatize this custom in France.

As she wanted to talk about Women in the Arabic world, she soon comes to realise that she absolutely needs to know the faith, which is not hers. She has its traditions, not its convictions. Despite this gap, she never pushes away any option and dares asking herself : why not?

Her fear ? Losing time! she has too much to say!
Her joy? when she realises she’s on the right track, when she’s getting feedback on her work.
Her spots? The Beaux-Arts, The Institut du Monde Arabe, The Institut Culturel de l’Islam, The Louvre Museum.

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