CULTURE, PORTRAITS
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VIOLETTE NOZIÈRE // « LA BRINVILLIERS MODERNE »

Dossier n°800 – Matricule 9517 : Violette Nozière, parricide et empoisonneuse.

Les faits

En juin 1933, Violette fait la connaissance de Jean Dabin, un étudiant en droit. Il a 20 ans, elle en a 18. Les deux amants sont fauchés et vivent au-dessus de leurs moyens. Par amour Violette pense pouvoir aidé Jean : elle se prostitue en se donnant pour quelques sous et contracte au passage la syphilis. Mais cela ne suffit pas, aussi, une idée revient-t-elle dans l’esprit de Violette : si son père meurt, elle héritera de ses 180 000 francs d’économies …

Le 23 mars 1933, elle avait déjà tenté une première fois d’empoisonner ses parents avec une forte dose de Véronal (somnifère) en affirmant que le remède conseillé par le médecin éviterait tout risque de contagion. En effet, seule Mme Nozière n’est pas au courant pour la syphilis. Décision prise en accord avec le médecin et le père, «il fut entendu, pour ne pas occasionner de chagrin à Mme Nozière, qu’il lui serait dit que l’état de sa fille était dû à l’hérédité ». Gravement malades, les parents survivront à la première tentative de leur fille.

Le 21 août 1933, Violette retourne à la pharmacie de l’avenue Daumesnil et y achète à nouveau du Véronal : elle réduit en poudre 36 cachets et les répartis dans 3 sachets. Elle rédige également une lettre qu’elle signe « Dr Déron » afin de rassurer ses parents et de les inciter à prendre leur « traitement ». Le dîner se passe mal, Mr et Mme Nozière n’ont de cesse de poser des questions sur ce Jean Dabin et sont étonnés de cette lettre du docteur écrite sur un papier ordinaire, sans en-tête. Devant l’insistance de Violette, qui avale aussi un sachet (marqué au préalable d’une croix), leur doute s’estompe et ils absorbent le poison. Ils finiront par s’endormir et Violette quittera l’appartement du 9 rue de Madagascar pour aller danser en volant au passage 2 000 francs. A son retour vers 2h du matin, les corps de ses parents gisent au sol. Afin de faire croire à une mort par asphyxie, elle réussit à déplacer les corps dans la chambre, ouvre le gaz dans la cuisine et file prévenir le voisin à qui elle demande de prévenir les pompiers. Ces derniers découvrent le père sans vie ; la mère vit encore (elle n’a avalé que la moitié du sachet, le trouvant trop amer), on la transporte à l’hôpital St Antoine.

Début de l’enquête et arrestation

Rapidement l’inspecteur en charge de l’enquête se rend compte que la consommation de gaz des Nozière est insignifiante en comparaison de la quantité qui aurait dû s’échapper pendant des heures et provoquer l’asphyxie de deux personnes. Afin de voir dans quel état se trouve Violette, il lui demande de venir avec lui voir Mme Nozière à l’hôpital. Il la laisse seule un instant. Quand il revient, Violette a disparu. Sa fuite ressemble à un aveu. Violette est accusée d’homicide volontaire le 24 août 1933, jour où la presse s’empare de l’affaire : Une parricide de 18 ans !

Pendant ce temps, Violette vagabonde dans Paris, se fait héberger de-ci de-là pour finir par se réfugier sous le nom de Madeleine Debize, dans un hôtel de Pigalle au 32 de la rue Duperré : chambre 7, 1er étage. Quatre jours d’errance jusqu’à son arrestation et son inculpation pour meurtre avec préméditation, le 28 août 1933 à 20h45 devant la brasserie La Brune, 42 Avenue de la Motte Piquet à l’angle de la Place de l’Ecole Militaire (ce lieu n’existe plus aujourd’hui, un supermarché le remplace).

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Personnalité de Violette

Dans le quartier on évoque une Violette « renfermée, hautaine et fière ». Elle est inconnue aux archives de la Police et son passage à l’école communale de 1921 à 1928 lui vaut d’être décrite comme « une gentille petite fille, très appliquée et intelligente, travailleuse et donnant entière satisfaction ». Tout se gâte à partir de 1928. A 13 ans, Violette est déjà une femme, on l’appelle : La Petite Coureuse et ses bulletins scolaires ne manquent pas de préciser : « Il convient de surveiller sa conduite douteuse en dehors de l’école », « un exemple déplorable pour ses camarades » ou bien encore « paresseuse, sournoise, hypocrite et dévergondée ». Le Lycée Voltaire n’en veut plus … la voilà donc inscrite en 2nde B au Lycée Fénelon, 6 rue de l’éperon, non loin de la Place St Michel. Elle en est radiée en juillet 1932 du fait de nombreuses et longues absences non justifiées.

Si elle est absente, c’est parce que Violette découvre l’univers interlope du quartier Latin où elle se sent à l’aise. De rencontre en rencontre, elle se sent vite libre et indépendante. Elle fait la connaissance d’étudiants et d’artistes et accepte même de poser nue pour photographe qui encore à ce jour est resté anonyme …

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C’est le commissaire Guillaume qui a arrêté Violette. A son actif, l’affaire Landru et celle de la Bande à Bonnot. Il n’a pas le droit d’interroger Violette avant le juge d’instruction, pourtant elle ne tarde pas à lui avouer qu’elle ne voulait pas tuer sa mère mais qu’elle en voulait à son père parce qu’il abusait d’elle … Elle tiendra le même discours devant le juge. En accusant son père, elle le tue une seconde fois.

Le procès

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Il s’ouvre le 10 octobre 1934. Violette a derrière elle beaucoup de sympathisants qui prennent fait et cause pour elle. Parmi eux : les Surréalistes qui en font leur muse, muse qui ne peut qu’être victime du patriarcat. Pendant le procès, la question de l’inceste n’est pas clairement abordée. D’ailleurs lorsque le juge d’instruction était entré dans le bureau du commissaire Guillaume pendant que Violette se confiait à lui, il a prévenu le commissaire d’un cas de nullité … afin d’éviter de parler de l’inceste. Ce dernier est tabou. Depuis 1880, il n’est pas nommé expressément dans le code pénal. De ce fait, beaucoup récusent l’idée que l’inceste pourrait valoir à Violette des circonstances atténuantes. Même la presse le passe sous silence. Voici par exemple ce que dit le Figaro : « face au parricide, crime des crimes, placé par le code pénal au sommet de la hiérarchie criminelle, tout le reste est accessoire » !
Bien défendu par Maîtres René de Vésinne-Larue et Henri Géraud (1), elle ne parvient pourtant pas à apitoyer les jurés. L’avocat général Louis Gaudel (2) s’exprime en ces termes : « Je vous demanderai, messieurs les Jurés, de prononcer la peine capitale contre cette misérable fille ». Sa mère (3) qui s’est constituée partie civile, pardonne à sa fille et implore le jury : « Pitié, pitié pour mon enfant » …


Le 12 octobre 1934, Violette est condamnée à mort pour parricide et empoisonnement et ce, sans aucune circonstance atténuante. Pâle, la tête baissée quand on lui lit la sentence qui frappe les parricides : « En conséquence, la Cour condamne Voilette Nozière à la peine de mort. L’exécution aura lieu sur une place publique. La condamnée amenée les pieds nus, en chemise, un voile noir lui recouvrant la tête. Elle sera exposée sur l’échafaud pendant qu’un huissier lui lira la sentence. Après quoi, elle sera exécutée à mort ».

Violette Nozière est une femme qui : a tué un homme, a été arrêté par des hommes, a été interrogée, jugée et défendus par des hommes. C’est un peu comme si elle avait été condamnée par une société patriarcale vieillissante qui n’avait de cesse de vouloir laver l’honneur de Mr Nozière et de l’innocenter.

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Cas unique dans les annales judiciaires

Pourtant grâce au Président de la République Lebrun et surtout au fait que la peine de mort était abolie pour les femmes à cette époque (et donc symbolique), la peine de Violette est transformée en travaux forcés à perpétuité le 24 décembre 1934 : Joyeux Noël Violette !

Le 14 janvier 1935, Violette est internée à la prison central d’Alsace.

Le 14 mai 1940, du fait de la guerre, elle est transférée à la maison d’arrêt de Rennes.

Le 22 août 1942, elle travaille avec le greffier comptable de la prison. Sa conduite exemplaire lui vaut une réduction de peine à 12 ans de travaux forcés.

Le 29 août 1945, à l’âge de 30 ans, Violette est libre. Le Général de Gaulle lève son interdiction de séjour en France.

Le 16 décembre 1946, Violette devient Mme Garnier en épousant le greffier-comptable. Ils auront 5 enfants et auront plusieurs commerces dont un hôtel près de Rouen. Ironie du sort : la propriétaire de l’hôtel s’appelle Marie Besnard, homonyme d’une autre célèbre empoisonneuse (1949) !

Le 13 mars 1962, l’avocat de Violette lui annonce qu’elle est enfin réhabilitée. La presse s’empare à nouveau de la vie de Violette.

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C’est la 1ère fois dans les annales judiciaires que l’auteure d’un crime de droit commun est réhabilitée après avoir été condamnée à la peine capitale. Une affaire qui se sera déroulé sur 3 régimes différents : La III République (Président Lebrun), le Régime de Vichy (Pétain) et le Gouvernement Provisoire de la République (Général de Gaulle).

Le 26 novembre 1966 à deux heures trente du matin Violette s’éteint auprès des siens. Ironie du sort, sa mère qu’elle tenta de tuer 33 ans plus tôt lui survivra deux ans …

2 Comments

  1. jean-marc Dumontier says

    très intéressant …. on peut revoir le film de Chabrol : « Violette Nozière  » traitant du sujet et pour lequel Isabelle Huppert tenait le rôle titre

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